Y a-t-il encore des critères d'appréciation esthétique?
Par Admin, mardi 8 avril 2008 à 22:24 - L'art - #159 - rss
Les critiques d'art et leurs critères d'appréciation...
S'il arrive trop souvent que les discours des critiques et des historiens de l'art contemporain pêchent par leur sottise et leur prétention, ceux de ses adversaires sont souvent marqués par l'emporte-pièce, le péremptoire, le dogmatisme. Le discours sur l'art semble alors ne pas être soumis à la moindre rigueur intellectuelle, il pourrait charrier toute la subjectivité de son auteur, n'aurait pas à être jugé sur la validité et la tenue de son argumentation. Cet art de l'à peu près vindicatif dans les discours critiques de l'art contemporain n'est pas le fait que de débutants prosélythes mais aussi des meilleurs et des plus respectés de nos intellectuels, ainsi Claude Lévi-Strauss: "Les impressionnistes avaient encore appris à peindre, mais ils faisaient ce qu'ils pouvaient pour l'oublier; sans y parvenir, Dieu merci...". Ou encore: ...le tableau cubiste qui, à l'origine et par un effet de choc, paraissait l'instrument d'une révélation métaphysique, tombe aujourd'hui au rang de composition décorative, et qui touche surtout parce qu'elle illustre le goût d'une époque".
On serait en droit de poser quelques questions à l'auteur de ces assertions. On aimerait connaître le nom des peintres impressionnistes qui "faisaient ce qu'ils pouvaient pour l'oublier", l'art de la peinture. Où sont les déclarations conservées et attestées de ceux qui s'imposaient une aussi lourde tâche? Mais peut-on poser ces questions sans montrer de l'irrévérence à l'égard de l'inventeur de l'anthropologie contemporaine? Il en va ainsi de toutes les affirmations, nombreuses, sur l'art moderne et contemporain, qu'il assène au gré de ses écrits. Mais peut-être faut-il lire les interventions de Claude Lévi-Strauss dans l'histoire de l'art moderne à la lumière de cet aveu qui ne manque pas d'honnêteté intellectuelle et qu'on oublie : "Un certain état de la peinture fait partie intime de ma culture et de ma biographie. C'est cet état qui me procure des émotions esthétiques, qui met ma pensée en branle. Il est apparu vers le XIIIe siècle, a duré jusqu'au début du XXe. Ce qui vient après appartient à un autre état. Je constate qu'il m'émeut rarement ou pas du tout, et j'essaie d'en comprendre les raisons ».
Revue Esprit n°173-juillet/août 1991, dossier : Y a-t-il encore des critères d'appréciation esthétique?

