HARCELEMENT SEXUEL

Six femmes accusent Edouard Baer d'agressions sexuelles et d'attitudes "déplacées" – parfois plus simplement de harcèlement...

Six femmes accusent Edouard Baer d'agressions sexuelles et d'attitudes "déplacées" – parfois plus simplement de harcèlement.

L’intéressé a répondu : « Je ne me reconnais pas dans les mots ou les gestes qui me sont attribués… Je ne peux qu'exprimer mes regrets que mon comportement ait mis mal à l'aise ou blessé ces femmes. Je n'ai pas eu l'intelligence de le percevoir. J'en suis profondément désolé ». Son amie Sandrine Kiberlain a renchéri : « J'aime trop Édouard pour le réduire à ce dont on l'accuse. Et même en parler, je trouve que c'est y accorder trop d'importance. Il a très bien su s'excuser lui-même, ce qu'il a dit est très parlant, il est intelligent ».

Des regrets, pas des remords : est-ce grave ? Oublions un instant le caractère odieux des actes reprochés, et cherchons seulement comment ils ont été vécus par leur auteur : « mains baladeuses », « flirt appuyé », « laisser aller de fin de journée », tout cela n’était finalement vécu que comme des gestes sans intention de nuire, réalisés avec la tolérance que seule contestait alors le respect de la morale.

Oui, c’était cela : tous ces gestes offensaient la morale, et pas du tout la femme qui les subissait. Bien sûr on se rendait parfois compte qu’elle n’était pas d’accord. Mais après tout n’était-pas là une valeur qui leur était accordée ? Ce cynisme était innocent car inconscient de la souffrance de la femme qui était victime de ces gestes. Bien sûr on avait le moyen de comprendre que les intentions ne pouvaient rester tolérables tant qu’on ignorait ses conséquences. Ça signifiait que cette souffrance n’avait pas de poids devant la bienveillance que ces agressions suscitaient.

Mais on avait les moyens de réfléchir à ce que cette complaisance recouvrait : éviter à des femmes d’être qualifiées de « mal baisées », ou encore un hommage rendu à sa jeunesse et à sa beauté : « Profites-en, tant qu’il y a de la demande. », c’était les définir comme objet sexuel, dont la valeur dans la société consistait à les identifier à leur tour de poitrine ou à l’ombre de leur entrejambe. Quand bien même les intentions seraient restées pures, il y a de la pureté coupable. Et ça, c’est grave. Jean-Pierre Hamel, philosophe in Le point du jour

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