482 - Aristote et la crise

Sans rapport avec Carlos Ghosn

Je suis régulièrement frappé par la permanence des idées des philosophes et leur intemporalité. Ils ont souvent cette manière de nous parler d'aujourd'hui avec 3 siècles ou deux millénaires d'avance. Ainsi Aristote philosophe grec qui vécut de 384 à 322 avant J.-C. Si vous voulez comprendre quelque chose à la crise actuelle, et bien, lisez Les économiques et l'Ethique à Nicomaque de cet auteur. On y trouve une place importante consacrée à l'économie et en particulier à la différence entre l'économique et la chrématistique. L'économique est, selon le dictionnaire et dans un premier sens, l'art de gérer, d'administrer un bien ou une entreprise par une gestion prudente et sage afin d'obtenir le meilleur rendement en utilisant les moindres ressources. On parlera ainsi d'économie domestique. Plus généralement l'économique désigne un ensemble qui concerne la production, la répartition et la consommation des richesses et l'activité que les hommes vivant en société déploient à cet effet. La chrématistique, du grec khrémastistikos, la richesse, la possession, est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses. Selon Aristote, l'accumulation de la monnaie pour la monnaie est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, autre philosophe de l'époque, il condamne ainsi le goût du profit et l'accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens; l'usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables d'un point de vue philosophique. Et aussi moral car la chrématistique n'est que ruses et stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique. Aussi est-elle condamnable selon Aristote. Au contraire, et Aristote nous parle là d'économie, l'agriculture et le métier permettent de fonder une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. La nature, dit-il, fournit « la terre, la mer et le reste » : l’économique est ainsi l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles. Elle est totalement à l’opposé de l’art d’acquérir et de posséder. Dans l'économique est incluse l’idée d’un rapport de réciprocité : pour Aristote l'économique n'est pas séparable du social. L'échange crée un lien social. L'échange dit Aristote est un « retour sur équivalence ». On comprend alors que la chrémastitique – qu'on appellerait aujourd'hui la spéculation – est condamnable car elle sépare les individus, rompt le lien social. La chrématistique substitue l'objet à la relation sociale puis l'argent à l'objet. De fait, l'échange, basé sur la monnaie, est toujours envisagé chez Aristote comme permettant de renforcer le lien social. Car, dit-il, s'il n'y avait pas d'échanges, il ne saurait y avoir de vie sociale ; il n'y aurait pas davantage d'échange sans égalité, ni d'égalité sans commune mesure. Mais cette commune mesure, l'argent, ne doit rester qu'un instrument de mesure de la valeur des objets. Il n'est jamais qu'un moyen et jamais une fin en soi. Après Thomas d'Aquin qui trouvait honteux le négoce motivé par le gain, l'économiste contemporain Josef Stiglitz, pense lui que accumuler de la monnaie pour elle-même signe « le triomphe de la cupidité ». Ainsi va le monde.

Didier Martz, philosophe, essayeur d'idées

Ainsi va le monde Chroniques philosophiques de la vie ordinaire 416 pages – 406 chroniques- Nombre limité Chez l'auteur

480 - L'homme qui a faim...

480 - L'homme qui a faim... « Il est terrible le petit bruit de l'oeuf dur, cassé sur un comptoir d'étain Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim Elle est terrible aussi la tête de l'homme, la tête de l'homme qui a faim... » (Jacques Prévert) Il n'y a plus  […]

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