La chronique « Ainsi va le monde »

Ainsi va le monde n°389 - « Balance ton porc »

« Balance ton porc » est l'invitation faite aux femmes de dénoncer sur les réseaux « asociaux » les auteurs des agressions sexuelles dont elles auraient été victimes. On ne retiendra pas ici le style de la formule qui laisse à désirer. La grossièreté du ton est sans doute voulue puisqu'il s'agit vraisemblablement de se mettre au même niveau que ceux qui commettent ce genre d'atteinte à l'intégrité physique et psychologique d'une femme. Pour reprendre le mot de Buffon : « le style c'est l'homme même » et là, pour le coup, il est tombé bien bas ! C'est en effet par le style de son expression que l'homme est homme. Donc aux porcs, le style qui convient. Et, si j'interprète à ma manière le mot de Buffon, c'est par le style que l'homme se distingue de l'animal, ici il s'y confond.

On peut estimer salutaire l'invite faite aux femmes, trop longtemps astreintes et contraintes au silence, de dénoncer ceux qu'on appelle des porcs, des prédateurs. Et comme nous savons selon l'expression consacrée qu' « un cochon sommeille en chaque homme » et qu'il peut à tous les moments et à toutes les occasions se réveiller, c'est l'humanité masculine toute entière qui est ici soupçonnée d'être potentiellement prédatrice et mise à l'index.

Pour mémoire, rappelons l'origine de cette expression. En 1563, le Saint Siège décrète au Concile de Trente que la lecture de certains livres doit être interdite. Cette interdiction concerne les livres hérétiques, obscènes et de sorcellerie. Ils sont alors répertoriés dans un catalogue appelé "index". Ainsi en est-il des hommes au cochon qui sommeille, établissons donc des listes noires. Au passage, je me demande comment les jeunes lectrices de l'histoire des« Trois petits cochons » vont désormais les percevoir. Peut-être faudrait-il leur interdire ??? !!! Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos porcs.

L'effet salutaire de la dénonciation... voire de la délation... se transforme alors en une méfiance généralisée des femmes vis-à-vis des hommes et à une retenue excessive et insensée de ceux-ci vis-à-vis de celles-là au point, comme aux Etats-Unis, de ne plus prendre l'ascenseur avec une femme seule. Et bientôt de ne plus leur serrer la main et revenir au salut incliné. Tant mieux, il est plus élégant. Alors que les forces tendant à séparer et à diviser les gens les uns des autres dominent aujourd'hui, il n'était pas opportun ni pertinent d'en rajouter. Et bien sûr pour le bien de tous et le fameux « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles. Les bonnes intentions peuvent aussi servir à paver l'enfer !

Ce à quoi s'emploie le magazine Elle. Après avoir consacré plusieurs feuilles bien intentionnées au problème du harcèlement, il ouvre sa page Mode sur la dernière façon d'être justement à la mode cet hiver. Il suffira de porter un manteau mais sur un corps entièrement dénudé, celui d'une femme bien entendu. Le magazine souhaite seulement et intelligemment que la météo soit clémente cet hiver ! Il oublie, volontairement je pense, d'indiquer que le créateur de cette trouvaille est un homme qui fabrique pour d'autres hommes, un objet, une femme en l'occurence, pour éveiller leur désir – entendez réveiller le cochon. D'un coté on dénonce pour vendre, de l'autre on excite pour vendre encore ! Fort heureusement il y a des porcs qui savent se tenir et se retenir en mettant des formes.

Lorsque Hobbes, philosophe anglais du XVIIème siècle, déclara que l'homme était « un loup pour l'homme » pour exprimer la violence qu'il exerçait contre ses semblables, on dit que le loup s'en reparti vexé. Je me suis demandé ce que le porc pouvait penser du fait que son nom soit utilisé pour nommer l'homme violent vis-à-vis des femmes et qu'on puisse forger l'expression, à l'instar de Hobbes, que « l'homme est un cochon pour la femme ». On imagine qu'il puisse se sentir vexé, lui qui est banni des religions juive et musulmane depuis longtemps comme être impur et souillé. En hébreu, porc se dit h'azir et signifie « je retourne en arrière », « je redeviens esclave » et plus loin « je retourne dans la fange ». Là où sont les hommes aujourd'hui avec les porcs. Ainsi va le monde !

Didier Martz, essayeur d'idées - 24 Octobre 2017

Bonus Sans doute faut-il que les femmes dénoncent l'odieuse agression mais sous ce mode la dénoncitzion frise la délation et le lynchage. Même si la justice ne fonctionne pas bien elle demeure le lieu où se dit le droit et est le rempart contre les passions et la démesure.

L'injonction impérative à balancer son porc s'inscrit bien dans le machisme : allez va-s'y, dénonce, balance, montre que t'as des c. ! D'ailleurs il est à noter cette tendance à vouloir faire « des femmes des hommes comme les autres » (Woody Allen) par le costume mais aussi en leur collant des attributs masculins. Ainsi ces jeunes filles qui n'hésitent pas à dire à un garçon qui l'ennuie : tu me les casses ! Gageons qu'ici il ne s'agit pas des pieds ! Le poète Aragon pensait que la femme était l'avenir de l'homme. On l'imagine mal ainsi montée !

Ainsi va le monde n° 388 - Vers une troisième guerre mondiale ?

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Ainsi va le monde n° 370 - Bulletin météorologique du 16 Avril 2025

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Ainsi va le monde n°368 - La pente fatale

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Ainsi va le monde n°367 – Morale et politique ne font pas bon ménage

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