Lors de la chute du mur de Berlin, qui coïncidait avec le triomphe des gouvernements démocratiques en Amérique du Sud, certains l’avaient affirmé : l’histoire s’acheminait vers la fin de son évolution – à savoir la généralisation de la démocratie. 40 ans plus tard, devant les progrès des régimes autocratiques – y compris avec des gouvernements démocratiquement élus dont Donald Trump est évidemment l’une des formes les plus exacerbées – certains pensent que la démocratie (le moins mauvais des régimes – Churchill) loin d'être l'aboutissement heureux de toutes les formes de gouvernement ou de société ayant existé est maintenant dévoyée, instrumentalisée, contournée, corrompu. Au monde, les meilleures dictatures se disent républicaines et ou démocratiques. Il leur suffit de présenter un certificat de procédure électorale sinon de virginité. En France, et ailleurs, la démocratie dite représentative est critiquée, délaissée. Les "élus" sont élus avec une infime proportion de voix, la moitié du corps électoral signifie politiquement son désintérêt par l'abstention. On ajoutera qu'une fois désignés, quelques élus en prennent à leur aise pour se passer du contrôle et des règles démocratiques. Plus au fond de l'affaire, Avec le colloque Lippman tenu en France en 1927 s’ouvre le néolibéralisme, qui s’oppose au libéralisme. En effet, contrairement à celui-ci, le néolibéralisme affirme que le peuple est ignorant et qu’il doit donc confier la direction des affaires à des experts. Il est en phase avec le « démocratisme » tel que nous le connaissons qui passe par des mécanismes de représentation, de délégation et de spécialisation, bref par la constitution de petits groupes qui auront la capacité de réfléchir à des lois et de prendre des décisions pour les autres. En bref... « Et s’il était temps aujourd’hui de lever le tabou de la critique de la démocratie ? De questionner l’évidence des principes de majorité, de vote, de représentation ou de souveraineté populaire, du parlementarisme, du débat entre des opinions départagées par une élection... ? Doit-on considérer que nous sommes arrivés à la fin de l’histoire ? Ou ne devrions-nous pas – surtout à la lumière des désastres politiques actuels – nous efforcer de rouvrir notre imaginaire pour chercher d’autres moyens, à la fois plus rationnels et plus justes, de légitimer l’acte de gouverner ? » (Geoffroy de Lagasnerie). En posant la question : est-ce que les moyens utilisés par la démocratie pour désigner le petit groupe de décideurs sont justifiés ? Au contraire, existe-t-il d’autres méthodes, inspirées d’autres principes, qui pourraient être plus pertinents ? Il s’agirait alors de remettre en cause l’élection et le parlementarisme, les formes sacrées de la démocratie. Donc, dépasser le « démocratisme », isme pour indiquer que la notion de démocratie n'est pas un absolu mais une idéologie d'un genre particulier
Didier Martz, philosophe
__Avec Antoine Bazaranges, Professeur de philosophie au Lycée Georges Clémenceau de Reims Médiathèque Jean Falala - Reims Vendredi 24 Avril 2026 – 18h – 19h45 Entrée libre__