Opportuniste. Opportun qui vient au moment voulu, qui profite de l'air du temps ou de ce que l'on appelle l'actualité pour paraître. Etre d'actualité ne signifie pas que la contribution du père et du fils soit pertinente. Opportunité n'est pas pertinence. La pertinence invite à s'interroger sur l'intérêt qu'il y a aujourd'hui à construire un débat, produire du discours sur Mai 68 en dehors de la commémoration. Est-ce qu'au regard de ce qu'on appelle, en langue de bois, les "grands enjeux de société" (conflits, inégalités, injustices, pollution, etc.), Mai 68 et sa culture peuvent nous éclairer ? Ce n'est pas l'objet du livre. Aucune trace de tout cela. Dépassé.Car il n'a pas fallu attendre Mai 68 pour que l'appelle à la subversion de toutes les valeurs soit lancé. Depuis Nietzsche, on n'a pas fait beaucoup mieux et c'est sans doute la lecture qu'il faudrait conseiller au président de la République si le projet politique est la subversion. La performance est plutôt la digestion, la récupération de toutes les formes de subversion. on lira le livre de Boltanski à ce sujet sur l'intégration par le capitalisme dernier modèle de tout esprit critique. Inadapté.Car le Président n'a utilisé Mai 68 que dans le cadre d'une stratégie électorale et il plaide plutôt en faveur d'une restauration des valeurs que Mai 68 avait subverties notamment l'autorité. S'il y a subversion c'est plutôt dans le sens de la Restauration.

La difficulté est bien aujourd'hui, comme le disait Hanna Arendt, de pouvoir "penser". Ce livre en est le contraire. Pas d'interrogations, d'incertitudes, pas de "désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même". "Ils voient (le père et le fils) dans la vérité, dans leur vérité, une épouse et un bien assuré... C'est pourquoi il y a toujours dans leur relation avec la vérité quelque chose qui rappelle le ménage et les choses domestiques" (Zweig). D'ailleurs le corps parle pour eux, avant eux : aucun érotisme, celui de la pensée qui tente de se frayer un chemin.