LE MONDE COMME IL VA N° 80 - LA RETRAITE TOUT AU LONG DE LA VIE
Par Admin, dimanche 6 juin 2010 à 12:04 - Le monde comme il va - #281 - rss
La chronique de Didier Martz, philosophe et musicien A entendre sur : RCF Reims 87.9 - Charleville Mézières 94.6 - Rethel 98.3 - Vouziers 98.2 Le jeudi à 18 h 15, le vendredi à 12 h 40 OU sur : http://www.reims-web.com/ces-gens-la/index.php/chronique-audio-ainsi-va-le-monde-didier-martz
Bienvenue à toutes et à tous On connaissait l'expression « formation tout au long de la vie » moins celle de « retraite tout au long de la vie »! C'est une idée avancée par une équipe du collège de philosophie. On pourra la trouver loufoque mais elle a au moins le mérite de nous fait sortir du cadre habituel de réflexion. Le cadre habituel n'est que technique. : « comment financer les retraites » ? On prend le problème dans tous les sens, on a identifié plusieurs solutions possibles mais à dire vrai on n'en sort pas et on n'en sortira pas, sauf comme d'habitude, sous le coup de la nécessité. Ce qui veut dire que le problème des retraites est mal posé et que ce n'est pas qu'un problème technique et financier. S'est-on par exemple interrogé sur la manière dont était découpée la vie des individus et sur le sens que ce découpage peut avoir ? Je passe sur l'époque, largement révolue, où l'idée même de retraite ne se formait pas dans les têtes. Peut être à part un Montaigne qui évoque, à propos de la vieillesse, un âge des loisirs, de la liberté, de la cessation de ce qu'il appelle "l'embesognement". Dans l'Antiquité, si l'on se retire comme Lucrèce au jardin, c'est pour gagner en sagesse ou au moins rester dans la mediocritas pour éviter les méfaits des excès. L'idée qu'il faut prendre un repos mérité après une vie de labeur bien remplie est plus récente. Elle se justifiait par de multiples raisons. Mais aujourd'hui ? Faut-il encore penser l'existence en deux blocs séparés : d'un côté, une vie active et de l'autre, une vie dite passive qui d'ailleurs l'est de moins en moins ? Ne faudrait-il pas considérer la vie comme un ensemble à l'intérieur duquel peut émerger le désir d'un temps nouveau, différent, un temps où l'on a envie de souffler un peu, de se sortir comme l'on dit « la tête du guidon », à l'approche du Tour de France. Ce temps-là serait disponible à tous moments et pas seulement à la fin de parcours lorsque le corps commence à s'user. Un temps pour sortir de l'agitation frénétique, un temps plus libre, non pas pour sombrer dans la passivité mais pour se consacrer à d'autres activités, tout aussi productives, mais plus sereines. Comme le préconise l'équipe du collège de philosophie, pourquoi ne pas envisager alors, la possibilité d’une sorte de « retraite tout au long de la vie » ? On pourrait alors imaginé que l’on décide de repousser l’âge de la retraite à 70 ans voire plus mais qu’en contrepartie chaque salarié disposerait d’un « droit au répit », d'un droit à autre chose qu'il intégrerait dans sa carrière professionnelle. On connaît l'année sabbatique, on connaît moins un des effets des trente cinq heures qui était de donner du temps aux individus. On n'a pas vu que c'était là, la possibilité de pratiquer la retraite en continu. Vous me direz qu'avec le chômage et l'emploi précaire, c'est déjà fait. Cependant, avec cette idée, exit ce bloc de temps massif qui vient s'imposer brutalement à la fin alors que la fatigue commence à gagner les corps. Un temps trop copieux qu'on emploie dans de multiples agitations comme s'il fallait le tuer. Tuer le temps alors que c'est le temps qui alors nous tue. Est-ce un doux rêve ? Est-il interdit de penser qu’il y aurait, dans ce « droit au répit », un symbole suffisamment puissant pour envisager autrement — et de manière plus positive — la réforme des retraites ? Ainsi va le monde
Didier Martz 10 et 11 juin 2010

