LE MONDE COMME IL VA N° 76 LE RETOUR DES ETOILES
Par Admin, mardi 18 mai 2010 à 10:24 - Le monde comme il va - #276 - rss
...ou n'oubliez pas de fermer la lumière en sortant de l'autoroute
La chronique de Didier Martz sur RCF REIMS ARDENNES
Bienvenue à toutes et à tous La Direction des routes annonce la suppression à partir de mercredi soir, de l’éclairage sur 130 km d’autoroutes et de voies rapides en région parisienne. Une petite dizaine de portions de route seront plongées dans le noir, d’ici à l’été. Les temps changent. Il y a quelques années, à l'époque où il fallait justifier la construction de centrales nucléaires et par conséquent augmenter la consommation d'électricité pour n'importe quel motif, l'éclairage des villes et des villages, des routes et autoroutes était systématique. Aujourd'hui les objectifs affichés sont : lutter contre la pollution lumineuse et réduire la consommation d’électricité. Sur une facture globale d’environ 3 millions d’euros, cette mesure représentera une baisse de 40%, rien que pour les autoroutes. Une économie de bouts de chandelles. A propos de bouts de chandelles le musée de la Police à Paris, nous apprend qu'en 1667, le premier lieutenant général de la police, un certain Nicolas de la Reynie, a été chargé de mettre en place le premier éclairage public des rues pour la période du 1er novembre au 1er mars, y compris les soirs de pleine lune, car la visibilité la nuit enraye la criminalité. Déjà à l'époque on parlait de sécurité. Plus précisément de « netteté, clarté et sécurité ». Cet éclairage était réalisé grâce aux chandelles faites du gras des animaux, plus économiques que les bougies , mais l'inconvénient de ces premiers réverbères était qu'il fallait les descendre toutes les heures pour couper les mèches charbonnées. Moins fatiguant que le travail de l'allumeur de réverbère de la cinquième planète du petit prince mais quand même ! Quoiqu'il en soit, les bouts de chandelle étaient récupérés puis refondus pour pouvoir être réutilisés. Les riches trouvaient ce procédé de la police parisienne mesquin, insignifiant et ridicule, voilà pourquoi de nos jours une économie de bout de chandelle signifie une économie dérisoire. Dérisoire au regard des milliards d'euros qu'il faudra éponger. Le petit prince ne parvenait pas à s'expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères mais néanmoins il avait fini par trouver à ce travail un sens. En effet, se disait-il, quand il allume son réverbère, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile. C'est une occupation très jolie. Et utile puisque jolie. Sauf que le petit Prince ne pouvait pas imaginer que la planète Terre, du moins sont petit bout occidental, allait se couvrir de réverbères au point de cacher les étoiles. Même si je suis sidéré par cette mesure insignifiante d'un point de vue économique, j'y vois un point positif : le retour des étoiles dans le ciel. Aussi je propose l'extension de cette mesure à tous les éclairages publics pour que nous puissions enfin revoir la Grande et la Petite ourse, les constellations, l'étoile du Berger, Cassiopée et peut-être même, par quelques belles soirées d'été, la Voie Lactée. On fermera la télévision, on détournera les yeux des écrans et on apprendra le ciel aux enfants et … aux grands. Ainsi à chaque réverbère éteint on gagnera une étoile et peut être même une fleur. Au fait, sidéré vient du latin sidus qui signifie astre ou étoile. Le latin sideratio désigne au XVIème siècle, en astrologie et en médecine, l'action paralysante de certains astres et l'état de prostration qui en découle. Un beau risque à courir en regardant les étoiles !
Ainsi va le monde
Didier Martz 13 et 14 mai 2010

