72 – Si tout le monde en faisait autant... Bienvenue à toutes et à tous

L’émission « les Infiltrés », diffusée récemment, était consacrée à la pédophilie sur Internet. Le principe de l'émission repose sur une pratique ancienne, l'infiltration, qui consiste à pénétrer un groupe d'individus en se faisant passer pour l'un des leurs afin de recueillir des informations et éventuellement d'empêcher des actions délictueuses. Dans cette émission, il s'agit de dénoncer des pratiques douteuses, scandaleuses ou révoltantes.

Les journalistes sont allés cette fois un peu plus loin et ont dénoncé à la police les pédophiles qu’ils avaient débusqués et qui s'étaient confiés devant la caméra (cachée). Certains d'entre eux indiquant même qu'ils avaient de nouvelles « cibles », entendez des enfants. Il y avait donc danger.

L'émission a déclenché une polémique. D’un côté, on rappelle que, les journalistes ne doivent pas se comporter en policier et  qu’ils doivent protéger leurs sources. En dévoilant leurs sources donc l'identité des personnes, ils ont fait une grave entorse à leur code de déontologie.

De l’autre côté, on indique que lorsqu'on sait que des gamins vont être victimes de - j'ai relevé le nom - de « prédateurs », on doit, moralement et juridiquement, intervenir. Et de mettre en avant qu'on est certes journalistes mais avant tout citoyens.

Voilà un véritable cas de conscience : protéger des personnes qu'on appelle des sources ou les dénoncer pour protéger des victimes potentielles ? « Qu'aurions-nous fait à la place des journalistes? ». Dans un climat de peurs de toutes sortes, il est probable que la majorité des personnes opteraient pour la dénonciation. Mais posons une question plus générale : comment agir moralement ?

Kant, philosophe allemand du 18ème siècle, nous donne un moyen en pratiquant un test : le test d'universalisation de nos actions. En fait ce test, c'est la proposition qu'on connaît bien : « Si tout le monde en faisait autant » sous-entendu : « qu'est-ce que ça donnerait ? ». La règle d'action que l'on se donne peut-elle devenir la règle de tout homme placé dans les mêmes conditions ? Puis-je vouloir que tous fassent comme moi sans exception ? Si non, c'est donc qu'on veut faire une exception pour soi et ce n'est pas moral. Il prend comme exemple le mensonge : je ne dois pas me demander s'il peut être avantageux de mentir – même pour de bonnes raisons, sauver quelqu'un par exemple - mais si je puis vouloir un monde où chacun mentirait à son gré. Si oui, alors personne ne croirait l'autre et moi-même par la même occasion. Donc ce n'est pas une règle morale.

Certes, Kant ne tient pas beaucoup compte des circonstances particulières et encore moins des conséquences de cette règle, mais faisons néanmoins le test : puis-je vouloir un monde où chacun dénoncerait chacun ? Non, bien sûr. A l'inverse, puis-je vouloir un monde où chacun abuserait de chacun et des enfants en particulier? Non, plus. Alors faut-il simplement s'en remettre aux conséquences de nos actions : faire, attendre et voir ? Pas plus satisfaisant.

Proverbe sud-américain : avant j'étais dans l'incertitude, aujourd'hui je ne sais pas. Ainsi va le monde

Didier Martz 15 et 16 avril 2010