LE MONDE COMME IL VA N° 67 ELECTIONS : ON NE CONNAIT PAS SON BONHEUR
Par Admin, mardi 9 mars 2010 à 17:17 - Le monde comme il va - #266 - rss
La chronique de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
En Irak, 19 millions d'électeurs étaient appelés ce dimanche aux urnes pour désigner 325 députés pour un mandat de quatre ans. Dès l'ouverture du scrutin, les tirs d'obus de mortier et de roquettes ont secoué la capitale. Trente huit personnes ont été tuées par ces tirs. Vingt-cinq ont péri dans l'effondrement d'un immeuble dans le nord de Bagdad, 13 par des tirs d'obus contre un bureau de vote à Iskandariya, à 50 km au sud de Bagdad. Le nombre de blessés s'élève à 110 personnes dans tout le pays. Rien n'y a fait : la participation au scrutin a été importante...
Bienvenue à toutes et à tous En Irak, 19 millions d'électeurs étaient appelés ce dimanche aux urnes pour désigner 325 députés pour un mandat de quatre ans. Dès l'ouverture du scrutin, les tirs d'obus de mortier et de roquettes ont secoué la capitale. Trente huit personnes ont été tuées par ces tirs. Vingt-cinq ont péri dans l'effondrement d'un immeuble dans le nord de Bagdad, 13 par des tirs d'obus contre un bureau de vote à Iskandariya, à 50 km au sud de Bagdad. Le nombre de blessés s'élève à 110 personnes dans tout le pays. Rien n'y a fait : la participation au scrutin a été importante. Pour les prochaines élections régionales des 14 et 21 mars, différents sondages montrent d’ores et déjà que l’abstention sera, une fois de plus, le premier parti de France. Même s'il se produit parfois des sursauts comme aux dernières élections présidentielles, la non-participation électorale va croissante. De ces deux situations, on conclura qu'en France « on ne connaît pas son bonheur », le bonheur de pouvoir voter librement. Et de montrer du doigt les abstentionnistes, dans le genre : « si vous étiez en Irak... » Les raisons de l'abstention sont nombreuses et parmi elles on cite en particulier le désintérêt croissant des français – et un peu partout en Europe d'ailleurs - pour la chose politique. La classe politique est en effet atteinte d'un lourd discrédit quant à sa capacité à offrir des perspectives ou à proposer un projet ambitieux pour la société. Ayant peu à dire, elle en est réduite à multiplier réunions publiques, forums et autres colloques (sous couvert de consultation démocratique) pour savoir ce que veulent les français. On se dit alors, à quoi bon élire des représentants chargés de porter notre parole si c'est pour nous demander en retour de leur dire ce qu'ils ont à penser et à faire . En pleine crise, on a tout lieu d'être inquiet et de s'interroger sur ce que peut la politique. Et ce n'est pas en voulant se faire passer comme tout le monde, comme des gens ordinaires, que les hommes et les femmes politiques gagneront en crédibilité. Le clip vidéo des conseillers généraux de la Marne entonnant en chœur un chant proche de la « Danse des canards » inciterait plutôt à aller faire du pédalo en rêvant que d'aller s'isoler devant une urne électorale. Je vous conseille au passage d'aller voir ce clip sur le site du Conseil général de la Marne pour avoir une idée du grotesque. On aurait tort de considérer les abstentionnistes comme de mauvais citoyens indifférents à la politique. « Serions nous muets et cois comme des cailloux, que notre passivité même serait une action » nous dit Jean Paul Sartre et d'ajouter que « ne pas choisir c'est encore choisir ». Choisir l’abstention pourrait bien être alors un acte politique, par défaut, pour signifier une déception, une attente. Une alarme pour remuer la classe politique, comme un vif encouragement à chercher, à inventer, à imaginer. Pour enfin faire ou refaire de la politique. A proposer de véritables alternatives pour que les citoyens aient à nouveau le plaisir d'éprouver le « bonheur de voter ». Ou bien faudra-t-il, comme en Irak, attendre que le ciel leur tombe sur la tête ? Ainsi va le monde.
Didier Martz 11 et 12 mars 2010

