LE MONDE COMME IL VA N° 65 Y A PLUS DE VALEURS
Par Admin, mardi 23 février 2010 à 14:38 - Le monde comme il va - #263 - rss
La chronique de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
L'autre jour, deux dames (ça aurait pu être deux hommes), s'offusquent du fait que les allées du square sont encore une fois jonchées de papiers et de bouteilles alors qu'une poubelle s'ennuie misérablement à deux pas : « on ne respecte plus rien, il n'y a plus de valeurs, autrefois c'était différent, etc. »...
Bienvenue à toutes et à tous.
L'autre jour, deux dames (ça aurait pu être deux hommes), s'offusquent du fait que les allées du square sont encore une fois jonchées de papiers et de bouteilles alors qu'une poubelle s'ennuie misérablement à deux pas : « on ne respecte plus rien, il n'y a plus de valeurs, autrefois c'était différent, etc. ». En politique ou dans l'éducation, on parle plus facilement de manque de repères d'où les actions qui conduisent à tenter d'en reconstruire. Les philosophes ou autres penseurs disent eux, que le monde est désenchanté ou que nous sommes entrés depuis quelques temps déjà – c'est le « autrefois » des dames de tout à l'heure – dans un processus de désymbolisation. La désymbolisation, c'est lorsque, par exemple, un sapin de Noël ne représente rien d'autre qu'un sapin de Noël, que lui-même en quelque sorte, un arbre quelconque. Vous me direz que j'aurais pu prendre un exemple plus actuel.
J'ai voulu aller y voir de plus près sur cette histoire de valeurs qui fichent le camp. Lorsque nous disons « il n'y a plus de valeur » nous indiquons qu'il n'y a plus rien qui guide la conduite des gens. Rien ici désigne comme un principe. Vous noterez au passage que « les gens » s'est bien commode car cela nous permet de nous mettre en dehors, d'indiquer que nous qui jugeons ne sommes pas concernés. Ce sont les autres. Les autres = les gens. Vous avez par exemple l'expression : «Quand même les gens exagèrent ! », ce qui veut dire que moi, qui suit sur une hauteur, je peux juger sereinement et en toute objectivité, du monde des gens, en bien ou en mal, en vrai ou en faux, en beau ou en laid. C'est assez commode mais ça ne tient pas debout !
Et d'ailleurs, cette manière de juger est une généralisation abusive, car on étend le cas particulier des « gens » qui jettent leur papier dans les allées du square à toute l'humanité. Ce n'est pas parce que quelques trains arrivent en retard que tout le service encore public des transports ferroviaires est défaillant et que les agents de la SNCF « bons à rien ». Sauf que c'est quand même une vraie capacité que de pouvoir élargir un cas particulier à toute l'humanité même si ce n'est pas tout-à-fait juste et que, parfois, cette façon de faire peut coûter cher à des « gens » justement.
Mais prenons pour argent comptant cette idée qu'il n'y a plus de valeurs. Comment alors pourrions-nous faire société ou vivre ensemble ? Il faut bien qu'il y un ciment, un lien, quelque chose qui relie ? Prenons un exemple trivial. Si je suis en voiture parmi toutes ces voitures et leurs conducteurs qui vont et viennent dans tous les sens, il faut bien, pour que « ça tourne » que les uns et les autres se fassent mutuellement confiance, une confiance presque aveugle, qui fait que chacun peut aller à peu près tranquillement son bonhomme de chemin sans trop se soucier du comportement des autres. S'il fallait être attentif à chacun, se demander tout le temps comment il va se comporter, douter de lui, il n'y aurait plus de société d'automobilistes. Faire confiance, même sans le savoir, est une valeur qui fait lien, qui fait tenir ensemble.
Bon, mais vous allez me dire que « quand même il y en a qui exagère » ! Ainsi va le monde.
Didier Martz 25 et 26 février 2010

