Bienvenue à toutes et à tous.

Si je vous dit 1515, vous répondez Marignan ; si je dis 732, vous répondez Poitiers, Charles Martel ; si je dis encore 2009, vous répondez de multiples choses ou évocations mais rien qui ne retienne particulièrement l’attention. Ainsi va le monde. Un monde sans histoire, plein de petites histoires où plus rien ne fait événement. Ainsi, plus l’actualité est fournie, plus rien ne se passe, plus nous sommes dans le non-événement, en permanence. Tenez Poitiers. Il y a à peine quelques jours, on ne parlait que de Poitiers. Les médias multipliaient les reportages à partir d’une manifestation qui avait mal tourné. Nous connaissons les faits. Peut être même les avons nous déjà oublié. Petit rappel. Une nouvelle prison vient d’être construite, non loin de Poitiers et il s’agissait, le 10 octobre dernier, de transférer les détenus de l’ancienne prison vers la nouvelle. Le centre ville était joyeusement envahi par un festival très jeune, « Les Expressifs » géré par une association, par des jeunes et pour des jeunes, avec concerts et spectacles variés y compris spectacle de rue. Dans cette ambiance festive, mais évidemment sans aucun lien avec elle, une manifestation est organisée et autorisée pour protester contre le déplacement de la prison. Et puis tout dérape. Quelques manifestants, on a dit trois cents, puis cent, puis trente peut-être, retirent leur masque, sortent divers outils et cassent, taguent, saccagent, tout et n’importe quoi. Les casseurs, rompus à ce genre de pratique, s’évanouissent ensuite dans la ville. 18 personnes se retrouvent en garde à vue… 8 passent en comparution immédiate et plusieurs sont condamnées à des peines de prison ferme qu’elles exécutent actuellement dans la prison toute neuve. Parmi elles, deux gamins de 18 ans qui participaient au festival « Les expressifs ». Ils clament leur innocence. Depuis les manifestations se suivent pour demander leur remise en liberté. Lors de l’une de ces protestations qui avaient lieu dans un parc les manifestants ont été enfermés par les forces de police derrière les grilles du parc. Samedi dernier trois personnes ont été à nouveau interpellées, gardées à vue puis relâchées. Notre auditeur lointain et poitevin qui me rappelle ces faits est scandalisé et s’étonne de l’absence des seniors lors de ces manifestations … Où sont les sexagénaires et un peu plus s’interroge-t-il ? Où sont les seniors. Dispensés ? Pourquoi ne se sont-ils pas mobilisés ? Qui défendra la liberté de nos enfants et petits enfants si nous ne la défendons pas nous-mêmes. Qu’avons-nous fait de notre faculté d’indignation, ajoute-t-il ? En effet, que faisons nous, jeunes et moins jeunes, de notre capacité d’indignation ? Je repense à une interrogation de Georges Steiner, philosophe et essayiste, que j’applique ici à ma manière : pourquoi, plus nous sommes éclairés par la culture, l’information, la communication, pourquoi donc plus nous sommes émancipés, moins nous sommes indignés, scandalisés, mobilisés ? Parce qu’elles auraient des vertus dormitives et soporifiques ? Je me tourne vers Rosny sur Bois pour enfin savoir ce qu’il en est de la circulation automobile en région parisienne. Exit Poitiers. Ainsi va le monde. Didier Martz