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Les avocats de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin ont assigné à Paris Nicolas Sarkozy pour "atteinte à la présomption d'innocence", le chef de l'Etat ayant employé le terme de "coupables" pour décrire les prévenus du procès Clearstream. Il y a là matière à réflexion juridique et politique. Mais c’est sur le terrain de la philosophie que je voudrais vous entraîner aujourd’hui. Qu’est-ce que être coupable ? Pour le dictionnaire ce terme désigne, celui « qui a commis volontairement un acte considéré comme répréhensible ». Soit. Cependant une chose est d’être coupable, une autre de se sentir coupable. Car être désigné comme coupable par une puissance externe, un tribunal par exemple, est d’une autre nature que le sentiment éprouvé de culpabilité. Car celui-ci me met directement en contact avec l’autre. Il est, comme dit Marie de Solemme dans son livre « Innocence et culpabilité », « la lanterne rouge allumée par notre conscience, lorsque nous sommes menacés d’indifférence à l’égard d’autrui ». Dans la culpabilité, il faut le regard de l’autre en soi, et ce regard ce peut être soi aussi. Dans le « for intérieur », il y a for qui signifie "forum", débat. C’est-à-dire que, même tout seul, je ne suis pas seul ! Et Paul Valéry de dire qu’un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. J’ajoute : surtout si il est divisé avec lui-même ! En ce sens la culpabilité est positive et il faudrait, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, presque en passer par faire le mal et en avoir conscience, pour me mettre en rapport avec autrui et m’ouvrir à la responsabilité! La responsabilité c’est « répondre de quelque chose ». De ce que j’ai fait ou pas fait. Il y aurait là, dans la conscience de la faute commise, matière à éducation. Il faut justement se pencher attentivement sur la perte chez certains, grands ou petits, de la notion de faute. Nous avons aujourd’hui à faire à de jeunes adolescents qui n’ont par exemple aucun sentiment de culpabilité pour avoir tué ou à de grands adultes qui n’ont aucun complexe à avoir spolié des milliers d’individus. Ce sont en quelque sorte, des exclus de la culpabilité. Jacques Lacan, psychanalyste, disait « qu’il y avait deux façons d’être dans la pathologie, l’une est de ne pas sortir de la culpabilité et l’autre de ne pas y entrer. Ne pas en sortir, c’est la névrose ; mais ne pas y entrer, c’est la psychose ! De ce point de vue, une culture où une partie importante de la population n’entre pas dans le sentiment de culpabilité est plutôt à considérer comme psychotique que névrotique. C’est beaucoup plus grave… ! ». Paul Ricœur, philosophe, note néanmoins que face à l’inexistence du sentiment de culpabilité, il existe des réserves d’indignation. Plus les sociétés sont féroces, plus les possibilités d’éprouver un sentiment de culpabilité sont nombreuses, surtout si les individus sont dans l’incapacité d’y apporter les correctifs nécessaires. Sauf à sombrer, il y a alors urgence à passer de la culpabilité individuelle à la responsabilité collective. Ainsi va le monde.

Didier Martz