LE MONDE COMME IL VA (43) LA MODE DU SUICIDE
Par Admin, mardi 29 septembre 2009 à 11:13 - Le monde comme il va - #235 - rss
Chronique de Didier Martz sur RCF Reims 87.9 - Charleville Mézières 94.6 - Rethel 98.3 - Vouziers 98.2 Le jeudi à 18 h 15, le vendredi à 12 h 40
Bienvenue à toutes et à tous. Le suicide est à la mode paraît-il ? Le PDG de France Télécom, Didier Lombard s'est excusé, des propos évoquant une "mode du suicide" au sein de son entreprise. "Par erreur, j'ai utilisé le mot 'mode'. Je m'excuse d'avoir fait ça", a déclaré Didier Lombard en indiquant avoir utilisé le mot mode par erreur ‘qui était la traduction du mot mood (humeur) en anglais. ». Il s’agissait tout au plus d’une faute de langage. Décidemment, on fait grand usage de métaphores dès lors qu’il s’agit de prendre ses responsabilités ou plutôt de ne pas les prendre et d’assumer ce que l’on dit et pense : métaphore sportive lorsque l’on parle de « dérapage » à propos du nombre acceptable d’arabes en réunion, métaphore linguistique lorsque le PDG de France Télécom parle de faute de langage à propos de « mode » du suicide. A min sens, ni faute, ni dérapage mais plutôt lapsus. Le lapsus nous dit Freud consiste à substituer un terme attendu par un autre mot. Jusque-là rien de grave sauf que, ajoute-t-il, il faut y voir l’émergence de désirs inconscients. En ce sens, le lapsus n’est plus un dérapage verbal ou une faute de langage malencontreuse mais est un révélateur, un révélateur de ce qu’on ne voudrait pas révéler. Bien sûr, on peut le mettre sur le compte de la fatigue, de l’émotion ou d’une sorte de contamination des sons entre eux comme, dans le cas du PDG de France Télécom entre mood et mode. Ou encore la confusion faite par Bernard Kouchner, ministre des affaire étrangères, entre ouïghour (mouvement autonomiste en Chine) et yogourt, yaourt. Celle aussi de Dominique de Villepin, alors premier ministre, recommandant d’attendre « la démission » au lieu de « la décision » du conseil constitutionnel. Certes, nous dit Freud, la fatigue, l’émotion, les proximités sonores nous jouent des tours mais surtout elles permettent l’irruption dans nos propos écrits ou parlés d’éléments indésirables ou inconsciemment très désirés. Il suffit alors d’un moment d’inattention pour que mes intentions profondes surgissent alors qu’elles sont habituellement sous contrôle de la volonté. Fort heureusement d’ailleurs car les inhibitions permettent de vivre à peu près correctement en société ! On ne peut pas toujours dire ce que l’on pense ! Sauf que nous ne sommes pas très à l’aise avec le lapsus d’où le sentiment de honte ou la gêne lorsque nous en commettons un. En général, on tente de s’en sortir et de surmonter le malaise par l’humour ou en se confondant en excuses. Mais ce qui est dit est dit ! Ainsi si le suicide répété de plusieurs personnes dans un entreprise est qualifié de « mode » (notons au passage qu’elle serait alors suivie par environ 10000 personnes chaque année sans compter les 160 000 qui s’y essaient), c’est donc que l’on pense au fond de soi-même, que cette « mode » est superficielle, éphémère et saisonnière et qu’elle est suivie, comme la mode, par des personnes légères et influençables, des personnes qui ont leurs « humeurs » (mood en anglais) et qu’il faut traiter ce phénomène en conséquence. Alors je ne sais pas vous mais moi je pense que le lapsus loin d’être un acte manqué est plutôt un acte très réussi. Ainsi va le monde !
Didier Martz

