Bonjour ou Bonsoir à toutes et à tous.

Pour les uns ce fut un mot malheureux, un dérapage, peu contrôlé semble-t-il. On dira encore, qu’après tout, il ne s’agissait que d’une plaisanterie, un peu mauvaise certes. On parlera aussi de lapsus qui est une figure de compromis entre ce que l’on pense réellement et ce qu’il convient de dire socialement. C’est en quelque sorte le mot de trop, le mot qui échappe. L’humour est alors un facilitateur. Chacun goûtera les euphémismes déployés à cette occasion pour dire la réalité sans la dire tout en la disant. Un euphémisme, je le rappelle, exprime avec des mots doux des réalités brutales. Pour d’autres, il s’est bien agi d’un propos à caractère raciste et il convenait de le traiter comme tel. Le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, puisque c’est de lui qu’il s’agit et d’un propos tenu par lui, vient d’une certaine manière de comprendre que ce mot « qu ‘en passant il perdit » avait pu blesser des personnes et qu’il convenait de ne pas lui faire dire plus qu’il n’en avait l’intention. Il me vient à propos de ce propos, un poème de Victor Hugo. Je le dédie au ministre de l’Intérieur, aujourd’hui concerné mais aussi et plus largement, beaucoup plus largement malheureusement, à tous ceux, qui, croyant ne pas être entendus, le long des murs d’un couloir, entre deux portes, devant la machine à café, à une soirée entre amis, à une université d’été, disent du mal de leurs voisins. Ce poème s’intitule le Mot. Le voici.

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ; TOUT, la haine et le deuil !Et ne m'objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas. Ecoutez bien ceci :Tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l'oreille au plus mystérieux De vos amis de cœur ou, si vous aimez mieux, Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu. Ce MOT - que vous croyez que l'on n'a pas entendu, Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre - Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ; Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ; Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main, De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle ! Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ; Il suit le quai, franchit la place, et cætera Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues, Et va, tout au travers un dédale de rues, Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé, Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe Entre, arrive et railleur, regardant l'homme en face

Dit :"Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel."

Didier Martz