LE MONDE COMME IL VA (32) LA POLEMIQUE
Par Admin, vendredi 24 avril 2009 à 21:45 - Le monde comme il va - #218 - rss
La chronique de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
Polémique vient du grec, polemikos, relatif à la guerre et polemos qui signifie combat, guerre. Une des plus anciennes fut celle qui opposa Cicéron à Marc Antoine, mais elle est connue et écrite sous le nom de Philippiques (nommer ainsi en mémoire de celles de Démosthène). Dans cette série de 14 Discours, Cicéron, en 44/43 avant JC, attaquent de plus en plus violemment le triumvir Marc Antoine. Par ces discours, Cicéron espérait susciter une réaction républicaine contre Marc Antoine, successeur de Jules César. Le sursaut républicain ne se produisit pas, mais l'irritation de Marc Antoine valut à Cicéron la proscription et une exécution sommaire. En 1550, dans le couvent de Valladolid en Espagne, on doit trancher la question de l'humanité des Indiens, et surtout de savoir s'ils ont une âme. Il y va de leur salut. Le dominicain Las Casas défend l'humanité des Indiens. Pour lui, les Espagnols, avides de conquête, ont nié l'évidence, assujettissant et massacrant les indigènes. Face à lui, le philosophe Sépulvéda affirme que certains peuples sont nés pour être dominés. Il s’agissait là, non d’une polémique mais d’une controverse, celle de Valladolid. Une autre polémique très vive s’engage à partir du 27 janvier 1687. Que se passa-t-il à cette date ? Charles Perrault présente à l’Académie française son poème "Le siècle de Louis le Grand" qui déclenche une polémique dans le domaine littéraire. Dès lors, deux groupes d'écrivains s'opposent sur la direction à prendre dans ce domaine. Les Anciens, dont font partie La Fontaine, Boileau ou encore Racine, prônent l'imitation et l'adaptation d'œuvres antiques dans leurs ouvrages. Les Modernes, emmenés par Perrault, soutiennent que les œuvres de l'antiquité grecque et romaine peuvent être dépassées en qualité par des formes artistiques nouvelles. De fait, cette joute oratoire et épistolaire ne fut pas appelé polémique mais querelle : celle des Anciens et des Modernes. Dire du « J’accuse » de Zola qu’il est polémique serait l’affaiblir car il ne s’agirait alors que d’une prise de position parmi d’autres dans un débat théorique. Le « J’accuse » appartient à la littérature de combat. Il est proche du pamphlet, texte virulent qui s’attaque au pouvoir et qui vaudra l’exil à Émile Zola. Les mots ici sont des actes. Au même titre que les actes, qui se passent de mots, des ouvriers de Continental et Caterpillar, (respectivement 1120 et 800 emplois menacés), ou encore Bénéteau (800 emplois menacés). On est alors dans le conflit. A côté de ces références, la polémique – pour ne citer qu’elle - autour des propos tenus par Ségolène Royal contre le président Sarkozy parait bien alanguie, ronronnante et conformiste. Sans doute faut-il voir-là, (je cite l’Anthologie du pamphlet éditée par le magazine Le Crapouillot) les signes d’une « écriture est de plus en plus aseptisée où les plumes se trempent de plus en plus dans la poussière et de moins en moins dans le vitriol». A croire, dit Pierre Bourdieu, que l’on use de la parole moins pour dire quelque chose sur le monde que pour servir le prestige réel ou supposé du ou de ceux qui la prennent. La notion de sens se perd alors et tout discours finit par se résumer à un échange de signes plus ou moins valorisants. On est loin alors du polemos grec.
Didier Martz

