Bonsoir à toutes et à tous. Welcome. Bienvenu en français. C’est le titre d’un film récent. Non, il ne s’agit pas de Bienvenus chez le ch’tis dont les historiens du cinéma n’en finiront pas de se demander comment un tel navet a pu être autant regardé mais du dernier film de Philippe Lioret. Ce film raconte l’histoire d’un jeune homme arrivé d’Irak à pied jusque dans le Nord Pas de Calais avec l’intention de passer par tous les moyens en Grande-Bretagne, là où se trouve la fille qu’il aime, Mina. Mais, devant les mesures prises pour lutter contre l’immigration clandestine, il se trouve bloqué en France, condamné comme tous ces « étrangers indésirables » à regarder à l’horizon, dans des conditions sordides et inhumaines, les plages anglaises si proches et si lointaines. Certes la vision est sans doute partisane, on le serait à moins, mais le film a le courage de dénoncer la manière dont sont traités les clandestins. Comment ils sont rabaissés dans leur humanité, pourchassés et humiliés. Certains diront que c’est trop, que ce n’est pas la réalité. Que la solution à leurs problèmes n’est pas ici en France ou en Angleterre, que nous ne pouvons pas tous les accueillir et que si nous les accueillons, cela aura un effet d’appel de tous ceux qui souhaitent venir. Et qu’il y aussi le risque terroriste, que tous ne sont pas aussi nets que le film veut bien le montrer. Etc, etc , etc. Mais je ne sais pas vous mais moi, quelles que soient les raisons, bonnes ou mauvaises, économiques, financières, politiques voire morales, un homme est et reste un homme et on ne peut pas discourir sur ses droits, sa dignité, le respect et en même temps agir dans le sens contraire. Il n’est pas possible qu’au XXIème siècle, dans des sociétés dites modernes et développées, riches quoiqu’on en disent, on puisse accepter que des centaines et des centaines d’hommes, des femmes et des enfants soient placés dans des conditions inhumaines. Bien sût, il faut limiter, contrôler les entrées ; bien sûr, il faut organiser, décemment, le retour au pays mais une chose est sûre, c’est que des hommes sont là, devant nous, à notre porte et qu’il faut leur offrir l’asile. Introduit dans la langue française au XIVe siècle, le mot « asile » vient du grec asulon qui désigne ce qui est inviolable. Chez les Grecs, les Romains, les Hébreux, les Chrétiens, une immunité était conférée à des individus, quoiqu’ils aient faits ou presque, en les recevant dans des lieux inviolables et sacrés. La pleine nature, les hangars ou autres centres de rétentions « offerts » aux étrangers qui arrivent sur notre sol sont loin de présenter ces caractéristiques d’autant qu’ils ne sont recouverts d’aucune signification symbolique ou religieuse. Chez Sartre, le regard d’autrui a un poids important dans la constitution de tout individu. Dans son essai Réflexion sur la question juive écrit à l’automne 1944, il analyse, à partir de cette idée, la situation du Juif, pour déclarer que « c’est l’antisémite qui fait le Juif ». Et il écrit que le seul lien qui unit finalement tous les Juifs français, c’est « qu’ils vivent au sein d’une communauté qui les tient pour Juifs ». Tenir quelqu’un pour quelqu’un. Etre encore quelqu’un pour quelqu’un. Même tenu pour rien, c’est encore être quelque chose. Puis il y a un moment, la communauté juive en fit la tragique expérience, et beaucoup d’autres communautés aussi, où un individu n’est même pas rien, même pas vu. Toutes proportions gardées, je me souviens d’un élève de ces classes qui portaient le joli nom de SES, section d’éducation spécialisé, me dire : « nous, on n’a même pas droit aux punitions comme les autres ». Ils commençaient à être en dehors. Didier Martz