Tsunami, raz de marée, ouragan, dépression… c’est dans le vocabulaire des catastrophes naturelles que les commentateurs puisent aujourd’hui pour décrire la crise financière.

Certes, nous étions habitués, depuis longtemps déjà, à lire les cours de la Bourse mondiale et les soubresauts du CAC 40 comme un baromètre. Tantôt à la hausse ou à la baisse. De coup de froid en agitation, les indicateurs de la Bourse, forment nos humeurs quotidiennes. Sorte d’étalon du bonheur journalier, placé entre l’état du trafic routier et le bulletin météorologique, ils inclinent ou au pessimisme ou à l’optimisme. Il est vrai que les journées s’ouvrent sur « quel sale temps » plutôt que sur « Quelle bourse aujourd’hui ! » C’est dire que nous sommes peu concernés. Pas si sûr. On ne réfléchit jamais assez à ce que révèle cette habitude qui consiste à apprécier l’état de la finance internationale comme une question météorologique. Car en fait il s’agit là d’une idéologie.

En effet. Premièrement, comme la météo concerne tout le monde (riches ou pauvres nous sommes à la même enseigne, encore que…), et bien, cette manie tend à nous faire accroire que le niveau du CAC 40 s’offre comme l’indicateur de l’intérêt général alors qu’il ne traduit rien d’autre que l’intérêt particulier des actionnaires (à peine 10 % pour la France).

Deuxièmement, en faisant passer les mouvements de la Bourse pour des phénomènes naturels, on est tenté de penser qu’après tout, ils ne dépendent pas de la volonté des hommes et qu’il s’agit là de fatalité. On trouve d’ailleurs dans la bouche de certains commentateurs des formules qui relèvent plutôt de l’incantation et qui s’apparentent à une sorte de danse pour faire venir la pluie !

Invoquer la fatalité, dégage la responsabilité des hommes. Ils gagnent ainsi en innocence. Mais, gagnant en innocence, ils perdent en capacité à agir, en puissance. Donc en liberté.

Didier Martz