LE MONDE COMME IL VA (15) : HYPER NOËL
Par Admin, mardi 23 décembre 2008 à 23:50 - Le monde comme il va - #191 - rss
La chronique de Didier M. sur RCF Reims Ardennes le lundi à 19 h 12
Hyper Noel c’est un film idiot mais c’est bien plus. C’est la campagne lancée, pour la 4e année consécutive par 23 associations et mouvements chrétiens pour appeler au respect de l'environnement par un changement de nos modes de vie. Leur slogan : "Arrêtons l'hyper-Noël, faisons la paix sur la terre". Lisons : « Arrêtons l’hypermarché de Noël »
Dans la frénésie de consommation et d’achat de biens qui s’emparent de nous au moment de Noël, il est bien nécessaire de rappeler, sans vouloir gâcher la fête, que la planète est en danger. Par ce que nous faisons supporter à la Nature mais aussi par ce que nous faisons supporter à nos congénères. Nous avons en effet une égale frénésie à nous faire la guerre et à produire des injustices.
L’aspect commercial de la fête de Noel est critiqué, décrié, dénoncé depuis belle lurette maintenant. Jésus aurait bien du mal à chasser aujourd’hui les marchands du temple mondial. De nature religieuse, la fête de Noël s’inscrit, elle aussi et hélas, dans le processus général de désenchantement du monde qui consiste à ôter aux évènements tout caractère symbolique et sacré pour n’en faire que des opérations marchandes vide de sens. Si on y ajoute les horreurs esthétiques qui l’accompagne, le tableau est complet.
Avec une nuance cependant. Les hommes ne peuvent répéter indéfiniment la même action sans qu’elle n’ait, dans un recoin de son âme, quelque raison. Je ne peux pas croire que cet amoncellement de cadeaux, pour ceux qui ont encore un peu de moyens, au pied du sapin n’est pas d’autre motif que de consommer. J’en vois au moins deux :
La première idée (que je tiens de Georges bataille), sans doute difficile à tenir en période de récession, est que la survie même des sociétés n’est possible qu’au prix de dépenses improductives considérables et croissantes. Idée incongrue. Peut être. Car elle oblige à revoir l’idée selon laquelle le monde ne serait commandé que par la nécessité primordiale d’acquérir, de produire et de conserver, C’est cette « consommation en pure perte » que Bataille nomme « consumation » qui permet à l’homme d’être en accord avec le monde. Beaucoup de fêtes, jeux, spectacles sont de cet ordre. Je pense par exemple aux fins de jeûne, aux carnavals, aux matchs de football, etc ? On se dépense et dépense sans compter même quand on a plus rien ou presque.
La deuxième idée est en partie puisée chez Marcel Mauss. C’est que dans cette dépense presque inconsidérée, ce gaspillage, il ne s’agit pas que de consommer mais également de donner. Donner est un comportement ancien, primitif au fondement des sociétés. Derrière ce qu’on appelle les achats de Noël il y a derrière un grand de dons et d’échange. Don et contre don. La réciprocité est un a priori fondamental de toute relation humaine. Dans l’achat du cadeau, dans l’échange marchand, une fois que l’objet est payé, le client et le vendeur sont quittes. Par contre, dans le don nous ne sommes jamais quittes car il crée une obligation mutuelle qui maintient la relation. Il génère des valeurs de lien, tandis que l’échange marchand ne crée que des valeurs utilitaires. Donner, c’est se relier, en latin religere, à la racine du religieux. Joyeux Noël !

