LA TYRANNIE DU BIEN VIEILLIR Michel Billé est sociologue, ancien directeur adjoint de l’Institut Régional du Travail Social de Poitiers. Il a notamment publié La chance de vieillir, essai de gérontologie sociale, L’Harmattan, 2004.
Didier Martz est philosophe. Il a notamment coordonné Vous avez dit euthanasie ? Le Bord de L’eau, 2003 et Alzheimer : vous avez dit démence ?, Le Bord de l’eau, 2006.

La tyrannie du « bien vieillir » De Michel Billé, Didier Martz et François Dagognet (Préfacier)
Le Bord de l'eau éditions
ISBN : 978-2-356-87077-3 (151 pages)

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La tyrannie du Bien Vieillir, c'est le titre de l'essai que Michel Billé, sociologue et votre serviteur philosophe sortent aux Éditions Le Bord de l'Eau. Voilà bien un paradoxe ! Il faut être un peu iconoclaste pour aller s’en prendre à une si belle idée, qui fait si largement consensus : « bien vieillir». Bien vieillir, qui pourrait être contre ? Qui ne le souhaiterait pas pour soi-même et pour autrui ? Qui oserait affirmer préférer vieillir mal ?
C'est que le désir de bien vieillir de chacun sans trop d'inconvénients est devenu un slogan qui anime les cercles politiques, court dans les maisons de retraite, envahit les services de gériatrie, nourrit les salles de rédaction et enrichit des entreprises. A un point tel qu'on parle maintenant du « Bien Vieillir ». Avec des majuscules et un article défini. Le « Bien vieillir » fait maintenant l'objet de plan, de conférences, d'écrits, de publicité pour des établissements spécialisés ou des produits d'entretien de soi et de recommandations pour la conduite de la vie de chacun. Comme dit Marie de Hennezel, vous allez vieillir sans être vieux. « Vieillissez donc mais vieillissez bien » des fois qu'il vous viendrez à l'idée de mal vieillir !

L'injonction est discrète voire sympathique. Elle se niche désormais dans nos moindres mouvements : chez le médecin et dans notre assiette, dans nos vêtements et dans le rapport que nous avons avec un corps qu'il nous faut gérer comme un capital. Un signe de cette évolution ? De la crème pour la peau on est passé à la crème anti-rides puis maintenant à la crème anti-âge, gageons que prochainement les laboratoires sortirons la crème anti-vieux comme le dit Michel Billé. Si « Bien Vieillir » devient le projet personnel et politique auquel nul ne saurait déroger, vieillir mal devient une erreur, une faute, presque un délit vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis de ceux qui auront à en assumer les conséquences.

Il faut, impérativement, réaliser au moment de la vieillesse ce qu'on ne peut accomplir qu'en partie dans sa vie, comme si il fallait rattraper un temps jugé perdu  : il faut se souvenir, participer à des ateliers-mémoire, se remémorer son passé dans des histoires de vie ; il faut communiquer, donner les signes d'une expression même infime ; il faut avoir un projet, un projet de vie ; Il faut aussi être autonome qu'on considère comme le contraire d'être dépendant et qu'on confond allègrement avec être auto-mobile. Rendre auto-nome c'est permettre à une personne de, sinon définir ses propres règles au moins de participer à leur élaboration, de pouvoir manifester sa volonté et pas simplement de pouvoir se déplacer. C'est que bouger permet de ne pas faire son âge. Comme dit Isabelle Queval « Bouger semble le gage d’une existence maîtrisée. La sédentarité est stigmatisée ; symbole de laisser-aller, de passivité, de mollesse. Faire du sport est la signature de la volonté ».

Il nous a donc semblé, à Michel Billé et à moi-même, urgent de mettre en question dans ce livre ce que recouvre ce courant de pensée presque unique, porteur d’une contrainte presque invisible tant elle est lié au désir humain de bien vivre. Tyrannie douce qui s'exerce sur les années que les hommes ont à vivre en vieillissant… Vieillir n'est pas réductible à une question cosmétique, à une question de forme. Il y va de notre rapport à la mort mais aussi et surtout de notre rapport à la vie.

Dans ce refus généralisé de vieillir, quant à être un faux vieux et avoir une mal-vieillesse, il faut se frayer la voie d’une véritable réflexion sur la vieillesse. Pour apprendre à être véritablement vieux. La vieillesse n’est pas un simple état de fait, c’est une manière d’être qui a ses exigences. Tel est l’enjeu : « vivre vieux ».
Ainsi va le monde
Didier Martz
9 et 10 septembre 2010
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