Avertissement : toute ressemblance des hommes enchaînés dans la Caverne de Platon et ceux qui sont accrochés à leur téléviseur est pure coïncidence. Elle n’empêche pas cependant le parallélisme.

Le mythe de la Caverne livre une double métaphore, celle de la recherche du vrai et celle de l’opinion. Les prisonniers n'ont pas besoin de chaînes : elles sont forgées par leur foi dans ce qu’ils voient. Leur pseudo-savoir (celui des ombres) est précisément ce qui les tient prisonniers. C'est d'ailleurs pour cela que seuls ils ne pourront entreprendre de quitter la caverne. Il faudra doucement les forcer à regarder du côté de la lumière et progressivement leur faire identifier dans les étapes successives de leur progression, l'insatisfaction du résultat qu'ils obtiennent. On va, dans cette progression critique, de l'illusion des sens aux vérités de l'intelligible, symbolisées ici par le soleil.

Connaître, progresser vers le vrai, c’est toujours pour l’homme dénoncer d’abord une mauvaise position du problème, reconnaître ce que l’on croit déjà savoir comme une erreur. Prenons pour exemple ce que voient nos yeux et ce que sent notre corps : ils voient le soleil qui tourne dans le ciel, il sent l’immobilité du sol sous nos pieds, et l’ensemble de nos sensations nous donne l’opinion que nous sommes fixes, centres d’un mouvement universel autour duquel s’accomplit le mouvement des astres.

Qu’est-ce que quitter l’opinion pour progresser vers le vrai ? C’est, par une attitude critique portée sur nos représentations, rechercher à réaliser l’accord de la pensée et du réel, ou de la pensée avec elle-même. Reconnaître que cet accord n’est jamais que partiel, relatif et caduque, c’est laisser la porte ouverte à une contestation ultérieure de cette vérité, que nous regarderons alors comme une étape nécessaire, mais provisoire, dans le progrès des connaissances. Cette définition affirme le prima de la pensée rationnelle sur toutes les autres formes d’accès au réel (sensibilité, imagination, croyance) et le rejet de l’apparence.

Didier Martz