AU DERNIER CAFE DE PHILOSOPHIE : L'ECOLE
Par Admin, dimanche 11 décembre 2011 à 11:29 - Le café de philosophie - #368 - rss
Qu'est-ce que fabrique l'Ecole ?
Compte-rendu de la Séance du Café-Philo du 10 décembre 2011 de 17 à 19 heures, au café Le Stalingrad.
- Le lancement du sujet : Le débat consiste dans la place et dans le rôle qu’il faut attribuer à l’Ecole (en tant qu’institution) dans le monde d’aujourd’hui. a - Doit-on se référer à l’Ecole républicaine et émancipatrice, ayant pour charge de former des citoyens, b - ou bien faut-il voir dans l’Ecole le lieu de formation destiné à permettre aux enfants, une fois devenus adultes, de s’adapter au monde du travail ? c - Ces missions sont-elles exclusives l’une de l’autre - et si l’une des deux doit l’emporter sur l’autre, la quelle devrait-on choisir ? Ou bien sont-elles plutôt complémentaires ?
- Les mots du débat : fabrique ; citoyenneté ; reproduction ; désir.
- Le débat :
1 - On critique la notion de « fabrique » utilisée pour commencer : l’Ecole, dit-on, doit former des adultes, ce qui implique qu’elle s’attache à l’éclosion de personnes responsables, et non à la production d’individus à lancer sur le marché de l’emploi.
De ce fait, l’Ecole se doit de compenser les inégalités sociales, en permettant à chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, d’accéder à l’indépendance et à l’autonomie du jugement, condition de l’égalité effective entre les citoyens.
- Objection : l’Ecole reproduit, comme le dit Bourdieu les inégalités en assurant la réussite des enfants issus des classes aisées, et en confinant les autres dans l’échec.
Ce mécanisme consiste dans la valorisation de la culture dominante et la dévalorisation de la culture populaire : les enfants d’origine modeste se sentent exclus d’eux-mêmes et sont les premiers à refuser de se croire capable de réussir à l’Ecole (on réfère ici au livre de Didier Eribon –Retour à Reims).
L’Ecole ne joue plus son rôle d’ascenseur social.
La citoyenneté qui impliquait le projet d’égalité devant la culture est en retrait : l’Ecole est saisie d’une demande de formation de travailleurs, parfois à très court terme ; on ne lui demande même plus de former des adultes près à s’adapter à la nouveauté du monde.
Le déterminisme social qui est joué à l’Ecole est rejoué tout au long de l’existence.
__ 2 – Comment échapper à ce déterminisme ?__ a - Exemple des Cordées de la réussite (Science-Po) : il s’agit pour des étudiants de Science-Po de prendre en charge des groupes de collégiens (volontaires parmi un groupe préempté) issus de quartiers défavorisée. La tâche est de les aider à s’ouvrir à un monde de la culture dont ils n’ont même pas l’idée, franchissant ainsi la barrière sociale qui les isole des mieux nantis. La réussite nous est présentée comme étant au rendez-vous de cette expérience. b - Exemple de l’éveil de vocation (ici : le métier de présentateur radiophonique) découverte lors de visite faite dans le cadre de l’école à une station radiophonique.
Le mot qui s’impose alors dans le débat est : désir. L’Ecole est là pour éveiller le désir d’apprendre, mais pas seulement. L’Ecole doit aussi – et surtout – susciter ce désir en faisant prendre à chaque élève conscience de sa valeur. Pour cela, l’enseignant devra persuader son élève qu’il le sait perfectible, et que c’est justement pour cela qu’il lui enseigne quelque chose. On donne ici l’exemple de l’élève « littéraire » qui s’auto-qualifie de « nul en math » et qui finit agrégé de mathématiques.
Le principe est alors énoncé : les attentes de l’environnement sont déterminantes dans ce que devient l’enfant. C’est ce qu’on appelle « l’effet Pygmalion ».
Jean-Pierre HAMEL
J'ajoute - que l'Ecole reproduit et réussit fort bien à fabriquer de l'échec. Et ce malgré ou grâce aux efforts accomplis. En effet sauf à considérer qu'il y a une fatalité de l'échec, un problème de nature nous aurions pu depuis longtemps en venir à bout. Il faut donc chercher l'erreur ? - que je peux céder à l'argument que tout le monde ne peut pas être en haut et qu'il faut bien qu'il y en ait qui soit en bas. A la réserve près que ce sont les mêmes qui sont en haut et les mêmes qui sont en bas mais surtout que le fait d'être en bas interdit pour toujours l'accès à la culture qui devient un domaine réservé - que le parler ordinaire et la culture des pauvres sont exclus de l'Ecole. Lire, malgré la bonne volonté et les bonnes intentions de la lectrice, "le coq est sur le perchoir" c'est interdire et autoriser des accès au sens du texte. Ce qu'on appelle alors les barrières de la langue... DIDIER MARTZ
Prochaine séance du Café-Philo le 21 janvier, même lieu (Bar le Stalingrad à Reims), même heure (de cinq à sept)

