AINSI VA LE MONDE N° 97 - SOCRATE EN COTE D'IVOIRE
Par Admin, mardi 7 décembre 2010 à 13:24 - Le monde comme il va - #304 - rss
La chronique de Didier M. sur RCF Reims Ardennes
Bienvenue à toutes et à tous Athènes – 399 avant Jésus Christ – Vers le mois de mai ou juin - Criton, l'ami de Socrate vient aux lueurs du jour et au coq chantant apporter à son ami la terrible nouvelle : sa mise à mort doit intervenir dans les prochaines heures. Aussi vient-il surtout pour convaincre Socrate de s’évader et d’échapper au jugement injuste de la cité. En effet, Socrate, ce philosophe qui arpentait librement l'agora – sans couvre-feu, a été injustement reconnu coupable par les institutions de la république athénienne de pervertir les valeurs morales de la cité et de représenter un danger pour l'ordre social. Alors qu'il lui serait facile de céder à la proposition de son ami, Socrate, en bon philosophe qui ne se précipite pas sur la première proposition venue, se demande plutôt si ce ne serait pas faire tort à la justice de refuser son jugement en s’évadant ? Pour lui, la réponse est claire : désobéir et refuser la sentence (même si elle est injuste), c’est ruiner l’Etat et ses Lois. Les décisions de l’Etat, dit-il, doivent être suivies sinon c'est l'anarchie. En s’évadant, Socrate ferait courir l’Etat à sa perte et ferait donc preuve d’injustice. Surtout que Socrate lui doit beaucoup : il lui doit sa naissance, le mariage de ses parents réglementé et organisé par la Cité, les soins et l’éducation apportés durant sa jeunesse. D'ailleurs, poursuit-il si j'avais vu de l'injustice dans les lois et dans la composition d'un tribunal ou, version moderne et ivoirienne, d'un conseil constitutionnel, j'aurais du tout faire pour amener leur modification au sein de la Cité ou, au pire, quitter la Cité si ses lois ne me semblait pas juste. En somme, pour paraphraser le président Sarkozy : « Athènes, tu l’aimes telle qu'elle est et selon ses lois ou tu l'amènes à s'améliorer ou tu la quittes ; mais tu ne lui désobéis pas ». Socrate en Côte d'Ivoire, sous le couvre-feu, déambulant sur la place du marché de Treichville, estimerait que dans la mesure où le Conseil constitutionnel a jugé légitime la présidence de Laurent Bagbo, il convient de se plier à sa décision. Sinon refuser la sentence serait ruiner l'Etat ivoirien et ses lois. Sans doute s'offusquerait-il d'ailleurs que des pays étrangers viennent contester cette décision aussi injuste soit-elle. Imaginez, dirait-il que la Côte d'Ivoire vienne contester l'élection du président de la république française au motif que celui-ci ne représente toute déduction faite que quelque chose comme 20 % des français en état de voter. Alors aux questions : Peut-on désobéir aux lois, aux institutions, les remettre en cause ? La désobéissance est-elle légitime ? Y a-t-il un droit de désobéissance ? Socrate répond catégoriquement non aux ivoiriens et au monde entier. Si l’on trouve qu’elles sont injustes, il n’y a que deux alternatives pour Socrate : essayer de les faire changer politiquement ou changer de Cité mais en aucun cas désobéir. Il n'est pas sûr que les partisans de Alassane Ouattara l'entendent de cette oreille et il n'est pas sûr que la légalité soit toujours légitime.
Ainsi va le monde RCF Reims Ardennes 9 et 10 décembre 2010

