AINSI VA LE MONDE N° 96 - L'affaire Karachi entre transparence et vérité
Par Admin, mercredi 1 décembre 2010 à 20:47 - Le monde comme il va - #302 - rss
Dire la vérité et être transparent, est-ce la même chose ?
La chronique hebdomadaire de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
Bienvenue à toutes et à tous,
Si l’on avait à choisir le mot le plus fréquemment employé dans les discours et déclarations, « transparence » remporterait les suffrages. Il n'y a pas si longtemps encore ce mot n’était employé que dans son sens propre pour qualifier des objets. Puis on est passé de la transparence des objets à la transparence des personnes. Passage d'autant plus facile si les dites personnes manquent de consistance. Le mot apparaît dans son nouvel atour en 1985 et en Union Soviétique. Mikhaïl Gorbatchev, alors premier secrétaire du parti communiste, annonce une nouvelle politique fondée sur la Glasnost, ou « publicité des débats », que l’on traduisit plus commodément par « transparence » en français. C’est ainsi que l’on eut connaissance des grandes purges de Staline. Puis, par je ne sais quel chemin emprunté et quelle fonction assurée, le mot transparence connut un triomphe dans les pays d'économie libérale et démocratique. Curieusement d'ailleurs, car si l'on comprend bien qu'il puisse être agité dans un pays totalitaire, l'épouvantail à moineaux obscurs ne devrait pas l'être dans un pays démocratique. Peut-être qu'avec cette sorte de gris-gris, on tente de conjurer le mauvais sort que nous jetterait une exigence de vérité ? Et côté transparence, on est servi depuis quelque temps ! Télé-réalité, Loft Story, la maison transparente de Buenos Aires où on donne en pâture et en direct aux badauds la totalité de la vie privée d'une jeune femme, les stages de management où l'on s'entraîne à être authentique et transparent, aujourd'hui Wikileaks qui met sous le regard du monde entier quelques 250.000 documents secrets ou top secrets. Ça n'arrête pas. On n'a de cesse que de dénoncer, révéler, divulguer, exposer, que de s'exposer. Voire d'avouer. Le coming-out se généralise. Le coming-out, qui signifie littéralement : « sortir du placard », désignait à l'origine l'annonce volontaire d'une orientation sexuelle. Il s'est élargi à l'annonce en public, devant micros, caméras et blocs notes de ses fautes, turpitudes et autres malversations. La place publique érigée en grand confessionnal devient le moyen moderne d'obtenir le pardon. Sphères privées et publiques se confondent, les rues, les écrans, les journaux sont devenus le théâtre où chacun s’exhibe. Sur cet étalage, la transparence sert alors à réduire des actes graves à la banalité et à la superficialité du spectacle, sert à tout mettre sur le même plan. Abondance de biens nuit : La transparence ne modifie rien et ne débouche pas sur la vertu. Au contraire, elle provoque et l’hypocrisie, et la méfiance et le soupçon et s'apparente au mensonge...insidieux. Voilà pourquoi la transparence n'a pas de valeur lorsqu'elle se substitue à la justice et à la vérité. Aujourd'hui, on ne dit plus la vérité, on est transparent. Sauf dans les affaires, celle de Karachi et d'autres, où la transparence devient opaque.
Ainsi va le monde
Didier Martz RCF 2 et 3 décembre 2010

