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Faut-il supprimer les notes à l'école ? En 1968, Edgar Faure, alors Ministre de l'Education Nationale déclare que : « La notation chiffrée de 0 à 20 peut être abandonnée sans regret. Une échelle convenue d'appréciation, dit-il libérée d'une minutie excessive, sera moins prétentieuse ». La notation chiffrée a bien résisté puisque qu'elle se pratique encore généreusement. On a bien tenté et on tente encore de l'aménager en lui substituant des appréciations plus globales. On a ainsi le système "très satisfaisant", "satisfaisant", "moyen", "insuffisant", "très insuffisant ». Si on le juge bon, on peut lui substituer les lettres A, B, C, D, E. Et si on n'a pas définitivement rompu avec les chiffres, l'échelle 1, 2, 3, 4, 5, peut encore servir. Ce n'est pas tout. En la matière, l'imagination est active. Lucille qui est à l'école primaire m'indique que c'est le système A pour acquis, VA pour en voie d'acquisition et NA, non acquis qui fonctionne. Mais comme il est trop général on a maintenant Acquis plus, Acquis et Acquis moins, puis en voie d'acquisition plutôt plus, voie d'acquisition normale et voie d'acquisition plutôt moins. Et la même chose pour non acquis. On a non acquis plus et non acquis normal mais pas non acquis moins. A l'école maternelle, on utilise ce qu'on appelle les smileys : un qui rit, un pas content et un qui ne se prononce pas vraiment. Pour ceux qui ne connaissent pas les smileys ce sont ces petits visages idiots et jaunes qui expriment des sentiments : joie, tristesse, etc. On les voit faire la tête lorsque vous dépassez les 50 km/heure en voiture dans un village. Comme en maternelle ! C'est que nous sommes notés partout. Les Etats sont notés par des agences de notation qui délivrent des «AAA» pour les meilleures et des «D» pour les plus mauvais. Mais comme ce n'est pas assez précis, il existe des niveaux intermédiaires avec des «AA+» et des «BBB-»). L'andouillette de Troyes elle, a quatre A mais c'est un sigle. Avant même les dix bons points de l'école d'autrefois qui permettait d'avoir une image, lesquelles cumulées s'échangeaient contre un livre, Grégory Chambat dans son « histoire de la notation et sa contestation » nous apprend que « C’est un collège jésuite, au Portugal, qui invente, en 1558, la première distribution des prix. Dès lors, il convient d’établir un classement qui progressivement sera remplacé par des indications chiffrées. Au collège jésuite de Caen, on adoptera une échelle à 4 niveaux : 1 = bien ; 2 = assez bien ; 3 = médiocre ; 0 = mal. À la fin de l’année, les « optimi » passent dans la classe supérieure. Les « inepti » sont recalés, les « dubii » (les « incertains ») seront admis dans la classe suivante, mais à l’essai. Ce qui rappelle les indicateurs utilisés bien avant cela pour l'ultime jugement ou jour de la rétribution, jour où chacun devra rendre compte des actes qu'il a commis sur terre : le paradis pour les optimi, la géhenne pour les inepti. Le système c'est assoupli plus tard en intégrant le purgatoire pour laisser une place aux dubi, ceux qui bénéficie du doute. Ni lettres, ni chiffres, ni smileys. Avant de supprimer, modifier, changer le système de notation, il conviendrait bien plutôt de s'interroger sur sa fonction. De sélection notamment. Mais c'est une affaire autrement sérieuse !

Ainsi va le monde Didier Martz 25 et 26 novembre 2010