Bienvenue à toutes et à tous,

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a annoncé de bien «mauvais chiffres» sur la consommation de tabac, précisant qu'elle avait «augmenté de 2 points» entre 2005 et 2010, selon le baromètre santé de l'Institut de prévention et d'éducation pour la santé. L'ombre du cancer du poumon planant sur tout fumeur, l'augmentation du prix du paquet, l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'instauration d'une rivalité entre fumeurs et non-fumeurs n'y font rien : les Français fumeurs demeurent accrochés à la cigarette et sont même plus nombreux qu'il y a cinq ans. Pour la ministre, cette augmentation de près de 2% est dû à deux facteurs: l'augmentation de la consommation féminine mais aussi « un effet crise ». Pour moi, il s'agit d'une bévue dans la manière d'approcher le problème. L'usage du tabac n'est pas un acte de consommation comme un autre. On ne consomme pas seulement du tabac mais tout autre chose. C'est une constante dans les questions politiques traitant des mœurs et des plaisirs que de se tromper de cible : leur usage ne ne se régente pas et en tous les cas pas sous la menace, la peur, les interdits et autres instruments de gouvernement. Et ça ne se mesure pas avec un baromètre, fut-il de la santé ! Décidément l'histoire ne donne pas de leçons ! Vous vous souvenez de la lamentable histoire de la prohibition aux Etats-Unis, à l’époque d’Al Capone et des incorruptibles, quand régnait le maccarthisme ? Dans les années qui suivirent cette décision autoritaire, la consommation d’alcool doubla, la mafia connu un essor sans précédent, la corruption gangrena la police, les produits frelatés tuèrent des milliers de gens. La solution à l’alcoolisme, à savoir la prohibition, la mauvaise solution à un problème mal posé - interdire l’envie de s’enivrer, de faire la fête - était devenue le problème numéro un de toute une société - et l’on buvait encore plus. La fausse solution, l’”utra-solution” avait aggravé le problème - lui même, mal analysé.

En effet, considérer l'usage du tabac uniquement sous l'angle de la santé, c'est à coup sûr se fourvoyer. Fumer c'est certes ingérer une substance nocive qui n' a pas forcément bon goût mais c'est aussi un acte pour se détendre qui accompagne un travail fatiguant; c'est un moyen de lutter contre le stress; c'est se faire plaisir.

C'est aussi et par dessus tout, un moment de convivialité : on se retrouve ensemble pour fumer, pour accompagner la parole. En interdisant de fumer et de fumer dans les lieux publics, on interdit aux individus de se rencontrer. On rompt le lien social qui s'organise autour de la cigarette. Fumer ce n'est pas seulement inhaler x% de substances de ceci et de cela, fumer c'est aspirer un symbole. Fumer, c'est faire partie d'un groupe, c'est s'identifier. C'est manifester une indépendance. Qu'il pleuve, vente ou neige.

C'est à tout cela qu'on touche en interdisant de fumer. Fumer c'est mauvais pour la santé mais bon pour la liberté. L'ignorer c'est se fourvoyer.

Ainsi va le monde 4 et 5 novembre 2010