90 - Le petit prince, le roi et les retraites

« Le Petit Prince de Antoine de saint Exupéry, se trouvait dans la région des astéroïdes 325, 326, 327, 328, 329 et 330. Il commença donc par les visiter pour y chercher une occupation et pour s'instruire. La première était habitée par un roi. Le roi siégeait, habillé de pourpre et d'hermine, sur un trône très simple et cependant majestueux. Le roi tenait essentiellement à ce que son autorité fût respectée. Il ne tolérait pas la désobéissance. C'était un monarque absolu. Mais, comme il était très bon, il donnait des ordres raisonnables. "Si j'ordonnais, disait-il couramment, si j'ordonnais à un général de se changer en oiseau de mer, et si le général n'obéissait pas, ce ne serait pas la faute du général. Ce serait ma faute." ... Mais le petit prince s'étonnait. La planète était minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien régner ? - Sire... demanda le Petit Prince sur quoi régnez-vous ? - Sur tout, répondit le roi, avec une grande simplicité. - Sur tout ? ... Le roi d'un geste discret désigna sa planète, les autres planètes et les étoiles. Car non seulement c'était un monarque absolu mais c'était un monarque universel. - Et les étoiles vous obéissent ? - Bien sûr, lui dit le roi. Elles obéissent aussitôt. Je ne tolère pas l'indiscipline. Un tel pouvoir émerveilla le petit prince. Et comme il se sentait un peu triste à cause du souvenir de sa petite planète abandonnée, il s'enhardit à solliciter une grâce du roi: - Je voudrais voir un coucher de soleil... Faites-moi plaisir... Ordonnez au soleil de se coucher... - Si j'ordonnais à un général de voler d'une fleur à l'autre à la façon d'un papillon, ou d'écrire une tragédie, ou de se changer en oiseau de mer, et si le général n'exécutait pas l'ordre reçu, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort ? - Ce serait vous, dit fermement le petit prince. - Exact. Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi. L'autorité repose d'abord sur la raison. Si tu ordonnes à ton peuple d'aller se jeter à la mer, il fera la révolution. Je n'ai le droit d'exiger l'obéissance que parce que mes ordres sont raisonnables. » Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Ainsi va le monde Didier Martz 21 et 22 octobre 2010