Bienvenue à toutes et à tous

Les gifles du député-maire socialiste de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), Jérôme Cahuzac à un jeune qui l'avait "insulté" et "bousculé" et celle du député UMP du Tarn délivré à un enfant au motif que ce dernier aurait insulté son fils me ramène au beau livre « Reims en mémoire » publié par les Editions Buissonnières et mis en texte par l''ARFO, l'Association de Résidences Foyers pour les personnes âgées et Gersende de Villeneuve, auteur. Nous avons sous les yeux dans ce livre une photographie de la société du siècle dernier. Quelques soixante personnes, âgées en moyenne de 80 ans, témoignent de ce qu'à été leur vie, la guerre, l'amour, le travail, etc. Ils racontent aussi l'école, l'éducation et une certaine pédagogie de la punition et peut être des vertus ou vices de ce qu'on appellerait aujourd'hui des violences éducatives. Quelques témoignages :

Chantal : « Un jour, j'avais renversé l'encre sur mon pupitre et la maîtresse avait attaché mon cahier dans le dos. J'ai été obligée de faire le tour de la cour plusieurs fois pour le montrer à tout le monde. Je me sentais humiliée... » Denise : « Il m'est arrivé de me plaindre d'avoir reçu une claque à l'école. J'expliquais l'injustice à mes parents, qui ont répondu : « et tiens voilà la deuxième pour faire la paire ». Jacques : « On se mettait en rang dès qu'on arrivait, pas un seul élève ne parlait, sinon c'était un coup de règle sur les doigts, là où ça fait mal... » Bérangère : « J'étais un peu paresseuse en classe. Lors d'un classement je me suis trouvée l'avant-dernière au classement. Quand ma grand-mère a vu ça, elle m'a fouettée avec le martinet. J'en avais des boursouflures plein les jambes »

Autres temps, autres moeurs. Une femme a été condamnée récemment par le tribunal correctionnel de Lille à six mois de prison avec sursis pour avoir giflé sa fille de 9 ans. Fin 2009, la pédiatre et députée UMP Edwige Antier déposait une proposition de loi interdisant la fessée. Sans succès. Contre elle en particulier, l'ancienne première dame Bernadette Chirac qui estimait qu'une bonne fessée ne pouvait "pas faire de mal" à un enfant "odieux". Je ne sais pas vous mais moi, je note que notre société s'orientant vers le « toujours plus de plaisir » évite au maximum et autant que faire se peut l'épreuve de la douleur et de la souffrance. La banalisation des antalgiques dans la vie quotidienne en témoigne. La modernité voit en la douleur un archaïsme que la médecine devrait éradiquer. Sans prôner un art de faire souffrir l'autre pour contraindre ou l'humilier, il faut néanmoins garder en mémoire que l'épreuve douloureuse, pratiquée notamment lors de certains rites de passage, arrache l'homme à lui-même, lui donne une identité et le confronte à ses limites. Comme l'écrit David Le Breton, la douleur, si elle demeure sous le contrôle moral, élargit le regard de l'homme et lui rappelle le prix de l'existence, la saveur de l'instant qui passe. Ne faut-il pas souffrir pour être beau et... grand ? Jésus tendant l'autre joue sous le coup de la première gifle n'invite-t-il pas par cet usage de la douleur et de la souffrance à se transporter sur un plan moral supérieur ?

Ainsi va le monde Didier Martz 28 et 29 avril 2011