Bienvenue à toutes et à tous

Grippe est en général employé à la légère. A un « comment ça va ? », on répond parfois, insouciant, « ça va, juste un peu grippé » alors qu'il s'agit d'un vague rhume. Or la grippe, c’est une maladie virale. Il en existe des variantes très graves et on peut penser à l’épidémie de grippe espagnole qui a ravagé l’Europe de l’ouest en 1918-1919, et a frappé très durement une population déjà épuisée par la guerre de 14-18. Quarante millions de morts, dit-on ! Le mot grippe vient du vieux verbe gripper, de la même famille que griffe et griffer. Il n’est presque plus en usage aujourd'hui : on dit juste qu’un mécanisme se grippe lorsqu'il se coince. Cependant, il nous reste le verbe « agripper ». Gripper, c’était alors empoigner, saisir. Et on imagine que, par métaphore, le mot fut employé lorsqu'une maladie saisissait brusquement le malade, venait « gripper », enrayer, le corps d'un individu. Puisqu'il s'agissait de saisir, la grippe a commencé par avoir sensiblement le même sens que la griffe ou le croc… Puis le mot a signifié querelle. Dans la querelle, on s'accroche. Et par on ne sait quelle voie, grippe est devenue caprice, fantaisie. Au XVIIème siècle, un homme de grippe était un personnage lunatique. Peu sympathique, il était alors facile de le « prendre en grippe » pour lui signifier aversion et détestation. Aujourd'hui par un jeu de mots facile j'en conviens, la grippe est prise en grippe. Pas la grippe mais son vaccin. La campagne de vaccination de 2009 destinée à enrayer une supposée épidémie de grippe lié au virus H1N1 a été suivie à l'automne 2010 par une diminution de 15 à 20 % dans certaines régions de la couverture vaccinale saisonnière. Ce qui indique que des personnes habituellement vaccinés sans se poser trop de question ont changé d'attitude. On pourrait penser qu'il s'agit là d'une attitude irrationnelle car il n'y a pas de doute sur l'efficacité du vaccin et son innocuité : les risques de décès pour cause de grippe ont été divisés par 10 en quarante ans. On pourrait penser aussi qu'il s'agit là d'une attitude égoïste. Alors qu'on ne se vaccine pas pour se protéger soi mais pour protéger les autres, ses enfants, ses proches...Se faire vacciner est un comportement altruiste et la santé publique a nécessairement un petit côté liberticide qui oblige à céder sur nos propres désirs.   On peut surtout penser que la manière dont a été conduite la campagne de vaccination de 2009 contre la grippe H1N1 a eu pour effet d'introduire la méfiance vis-à-vis de l'OMS et de ses experts. Avec l'affaire du médiator et autres médicaments soupçonnés, il est probable que la méfiance se généralise à tout ce qui est pharmaceutique. Méfiance accrue également vis-à-vis des rapports de L'Etat avec les laboratoires pharmaceutiques autant soucieux de la santé de leurs actionnaires que de la santé publique. Globalement, la diminution significative de la couverture vaccinale ne viendrait-elle pas en fait sanctionner, et de la pire façon, la gestion par le ministre de la santé de la campagne de vaccination de 2009 ? Plus grave encore me semble être l'éloignement des médecins généralistes du dispositif global de vaccination. Déjà leur mise à l'écart a été notable par la simplification de la procédure qui par souci d'économie permet de se procurer gratuitement le vaccin sans passer par eux. Avec la campagne de vaccination de 2009, leur mise à l'écart les a désinvesti un peu plus de leur mission de prévention, d'explication et de conseil aujourd'hui plus que nécessaire dans la panique ambiante qui s'installe autour des médicaments.

Ainsi va le monde. 20 et 21 janvier 2010