Bienvenue à toutes et à tous,

Décidément, on ne peut pas faire confiance à l'actualité. J'avais prévu une chronique sur l'affaire du Médiator vite dépassée par le petit livre de Stéphan Hessel « Indignez-vous » qui connaît un fort succès. Et voilà que les tunisiens se débarrasse de leur souverain, le président Ben Ali. Fort heureusement, il ne s'est pas mis à neiger entre-temps sinon la situation tunisienne serait passée au second plan. Celui qu'on appelait il y a peu encore le président Ben Ali, depuis l'Elysée juqu'aux plagistes de l'Ile de Djerba et les golfeurs de Tozeur en passant par l'Internationale socialiste, est devenu maintenant un dictateur. L'appellation est abusive et est un contre sens. Il est préférable de parler de tyran au sens qu'en a donné la Grèce archaïque et classique. Dans l'encyclopédie de d'Alembert et Diderot, Tyrannos pour les grecs désigne un citoyen qui s'était emparé de l'autorité souveraine dans un état libre lors même qu'il le gouvernait selon les lois de la justice et de l'équité. Aujourd'hui, le tyran désigne un usurpateur du pouvoir souverain ou qui le détourne. Un souverain qui abuse de son pouvoir pour violer les lois, pour opprimer les peuples et pour faire de ses sujets les victimes de ses passions et de ses volontés injustes qu'il substitue aux lois. Ce n'est pas la manière d'accéder au pouvoir qui désigne le tyran. Il peut tout à fait accéder au pouvoir légitimement et avec le soutien populaire. Pour Aristote, le tyran est un démagogue au vrai sens du terme, c'est-à-dire qu'il prend en charge les intérêts du peuple. De demos peuple et de ago, conduire, l’étymologie du mot grec traduit le terme « démagogue » comme celui qui éduque, qui conduit le peuple. Dans cette ambiguïté, il peut y avoir ce que Alexis de Tocqueville nomme en 1830 dans De la démocratie en Amérique des tyrannies douces, ces démocraties qui ont tendance à dégénérer en ce qu'il décrivit comme « un despotisme radouci ». L'usurpation et l'illégitimité viennent après. Le souverain devenu tyran abuse du pouvoir. Il privatise le bien commun pour lui et ses proches, s'accapare les richesses. D'ailleurs en Grèce archaïque ce sont les zones les plus riches comme Corinthe ou encore la Sicile avec Syracuse qui génèrent la tyrannie. Les richesses attirent les convoitises et secrètent des tensions. Quand il n'y a pas de richesses il n'y a pas de tensions ! La côte de popularité décroit alors en même temps que la légitimité. Ne pouvant plus faire que le juste soit fort comme le dit le philosophe Pascal, le tyran doit faire usage de la force. Il ne peut même plus, à la fin, la justifier. Aristote montrait qu'il était alors nécessaire au tyran d'associer le pouvoir militaire au pouvoir politique. Il semblerait que Ben Ali n'est pas lu Aristote en se contentant du seul pouvoir policier. Mal lui en a pris. Et quand bien même. En effet nous dit encore Diderot on n'a peu vu un tyran jouir bien longtemps des fruits de ses crimes et il est bien rare qu'il puisse mourir tranquillement dans son lit. Sadam Hussein, Ceaucescu, en sont les exemples les plus récents. Au fond il reste que la fuite de Ben Ali, comme toute fuite, est peu glorieuse. Socrate, encore lui, lui aurait conseillé de se soumettre à la justice de son pays. Mais le courage a sans doute déserté et les philosophes ne sont pas les conseillers des princes. Que Ben Ali se rassure Jean-Claude Duvalier, l'ex- dictateur, rentre au pays après 25 ans d'exil.

Ainsi va le monde 20 et 21 janvier 2011