AINSI VA LE MONDE N° 102 - COTE D'IVOIRE : Y A BON BANANIA
Par Admin, dimanche 16 janvier 2011 à 14:41 - Le monde comme il va - #312 - rss
La chronique hebdomadaire de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
Bienvenue à toutes et à tous.
Ces jours derniers pour tenter de sortir la Côte d'Ivoire de la crise, Les Etats unis et la France ont promis à Laurent Bagbo l'impunité et des compensations financières s'il accepte de céder le pouvoir. Voilà qui part d'un bon sentiment et j'imagine qu'il faut beaucoup prendre sur soi et sur les valeurs qu'on défend pour faire une telle proposition à un homme peu respectueux de la démocratie et qu'on estime coupable de crimes imprescriptibles en raison de leur inhumanité. Un éditorialiste d'un journal burkinabais voit dans la crise ivoirienne et dans cette offre des Etats Unis et de la France le révélateur de deux choses : D'une part que la justice tombe en quenouille. (Pour ceux qui l'ignorerait, tomber en quenouille se dit de quelque chose qui perd sa valeur ou sa force. La quenouille est un attribut typiquement féminin d’antan, c’est un bâton dont l’extrémité est garnie de laine, de chanvre ou de lin destinés à être filés, travail dévolu exclusivement aux femmes. Le mot quenouille entre dans l’expression “tomber en quenouille”, dès le XVIe siècle, en désignant un domaine qui passe par succession dans les mains d’une femme. La quenouille étant un symbole féminin. Par extension, en 1913, aller savoir pourquoi, la locution “tomber en quenouille” se dit en parlant d’une chose qui perd sa valeur. Un mauvais coup donc pour la justice. Comment en effet octroyer l'impunité à quelqu'un qu'on estime coupable de crimes imprescriptibles en raison de leur inhumanité, crime dont on a confié la compétence à des juridictions internationales ? D'autre part, la crise ivoirienne est aussi le révélateur sinon d'un racisme, le mot est trop fort, mais de la permanence d'une attitude condescendante vis à vis de l'africain. On savait que les colonisateurs français avait une idée peu valorisante pour le noir lorsqu'ils disaient « y a bon banania » et certifiait sa bonté en indiquant qu'il n'était certes pas très courageux mais pas méchant pour un sou. 50 ans après la colonisation, si le propos ouvertement raciste est condamné, subsiste toujours des arrière-pensées. Ainsi le président de la république française, poursuit l'éditorialiste de ce journal burkinabais, peut déclarer dans son discours de Dakar, que le problème principal de l'Afrique vient, je cite, de ce que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. (...) Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. (...) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ». Fin de citation. Et lorsque, Barak Obama invite, un peu condescendant, Laurent Bagbo à venir à Washington se placer sous sa protection pour discuter avec lui des garanties qu'il entend lui offrir en échange de son départ, il croit dans doute que parce qu'il est président des Etats-Unis, il peut ainsi s'asseoir sur la dignité d'un africain fusse-t-il Laurent Bagbo. Et quand il promet, poursuit l'éditorialiste, avec ses alliés occidentaux (les socialistes français ne sont pas beaucoup émus de cette proposition) que Bagbo serait dispensé de la Cour Pénal International et bénéficierait de compensation financière s'il acceptait de quitter le pouvoir, il n'est pas loin de considérer que l'africain n'est qu'un être vil qui pour une poignée de dollars trahirait père et mère.
Ainsi va le monde 14 et 15 janvier 2011

