Bienvenue à toutes et à tous.

« Y a plus de respect ». Propos entendu un certain jour, dans un moyen de transport dont on dit qu'il est en commun. Sans doute s'agissait-il, tous confondus, des choses, de l'environnement, des animaux, des mœurs et des gens. Peut-être un objet public saccagé ou d'une place assise qu'un « jeune » ne laisse pas à une personne âgée ? J'entendais dans ce propos résigné ou révolté comme le regret d'une époque disparue, un âge d'or de la politesse, de la galanterie et du respect. La valeur « respect » avait connu ses heures de gloire mais s'en était aujourd'hui fini. Dans « y a plus de respect », se signe la fin d'un monde apaisé, équilibré, heureux de vivre, pour un monde inquiet, individualiste dont ceux qu'on appelle les « gens » ou mieux encore « les jeunes » seraient les représentants. Le « respect » si l'on y regarde de près est ce sentiment qu'on éprouve pour une personne en raison de son âge, de sa position sociale, de sa valeur ou de son mérite. Une personne qu'on traite avec égards et considération, pas simplement par politesse. Certes nous avons pitié de l'animal abandonné ou maltraité, mais l'animal, à strictement parler, ne force pas notre respect. De la même manière, nous nous efforçons de préserver notre environnement car nous savons désormais que les jours de notre planète sont comptés. Mais n'est-il pas abusif de dire que la planète mérite notre respect ? Si nous respectons une personne, c'est parce que son comportement nous rend visible quelque chose qui la dépasse et nous dépasse. Quelque chose qui force notre admiration. Ainsi, nous respectons une personne honnête parce qu'elle nous donne à voir, par son comportement, une valeur morale. Par conséquent, le respect engendre le refus de tout comportement visant à détruire cette valeur. L'expression « Y a plus de respect » en est le signe.

La valeur est souvent incarnée dans un exemple. Le respect a à voir avec l'exemplarité. Est exemplaire une personne dont la conduite renvoie à quelque chose de grand. Pour un être moral, c'est en général l'occasion de mesurer l'écart entre sa conduite et ce qu'elle devrait être. L'expression « Forcer le respect » invite à nous arracher de ce que nous sommes pour nous porter vers ce que nous ne sommes pas et que nous voudrions être. Les personnalités, surtout haut placées, ont une lourde responsabilité en la matière puisque le moindre de leurs gestes, la moindre de leur parole peut être un exemple ou un contre-exemple. Nos décisions concernant le bien ou le mal, le juste ou l'injuste dépendent en effet de ceux avec qui nous voulons être en compagnie morale et qui nous servent de référence. Un enfant apprend vite par l'exemple... ou le contre-exemple. Encore faut-il, par les temps qui courent, avoir sous la main des conduites exemplaires. A Diogène le Cynique, Socrate demandait ce qu'il cherchait muni en plein jour d'une lanterne allumée. Il répondait : « je cherche un homme, un homme véritable qui ait de la superbe». Faute d'en trouver, nous risquerions alors de nous accommoder de n'importe quelle compagnie ! Ainsi va le monde

Didier Martz 23 et 24 septembre 2010