Bienvenue à toutes et à tous

Matin brun, c'est le titre d'un petit essai de 11 pages de Frank Pavloff édité et réédité aux Editions du Cheyne. Il coûte zéro euro et 95 centimes. Je vous en livre une libre adaptation personnelle qui n'engage pas son auteur. Deux amis discutent de choses et d 'autres sous un soleil insouciant. Il est question maintenant du chien de Charlie qu'il a été obligé de faire piquer parce qu'il n'était pas brun. Comme pour les chats lui répond son ami Frank. Mais il n'y avait pas lieu de s'inquiéter vu la surpopulation des chats, il fallait bien prendre un décret pour empêcher leur prolifération. Pour les chiens, les deux amis ne comprenaient pas bien pourquoi. Ce n'est jamais agréable de se séparer de ses compagnons mais comme dit Charlie trop de sensiblerie ne mène pas à grand-chose. Il est vrai que si le chat avait été brun lui aussi, il aurait été épargné. La discussion en est restée là mais avec un mauvais goût dans la bouche et ils se sont quittés, pas trop à l'aise. Puis la vie continue, la voiture, la télévision, le super marché... il y avait encore suffisamment de couleurs variées dans la ville. Peut être trop. On ne savait plus bien qui on était et qui était qui avec toutes ces variantes. D'ailleurs, en haut lieu, on avait pris la mesure des choses en lançant une grande discussion sur l'identité nationale pour savoir s'il n'y aurait pas une couleur de référence, le brun par exemple. C'est pratique une référence pour se repérer et faire la part des choses et des gens. Séparer le bon grain de l'ivraie. Comme les réfugiés de Sangate pas assez brun, les Burkas trop bleues, les Roms petits hommes verts. Même la robe du pape fut jugée d'un blanc trop germanique par l'intellectuel éminent, Alain Minc. Avec la couleur brune comme modèle chacun pouvait maintenant savoir ce qu'il convenait de faire et de penser. Ainsi certains, très zélés, mirent le feu à un camp d'afghans sans doute trop bariolé. Mais il n'y avait pas grand chose à dire. D'ailleurs le monde devenait silencieux. On pouvait continuer à jouer au tiercé et au loto bruns, aller voir des matchs de foot bruns eux aussi et faire ses courses dans des magasins bruns. Au moins on ne portait pas d'étoiles. Elles sont trop jaunes ! Il y avait bien quelques voix d'intellectuels philosophes pour dénoncer cette uniformisation et soutenir des personnes qui refusaient le port de la couleur brune mais à 10000 km de là. Ainsi celui-ci qu'on nomme par un sigle, au beau bronzage brun sur fond blanc, plaidait régulièrement pour des causes non brunes à l'autre bout du monde mais pas pour celles étalées devant sa porte qui avait pourtant bien besoin d'être balayée. En Champagne, on commençait néanmoins à s'inquiéter en cette époque de vendanges car la campagne se peuplait pour la circonstance de camps de nomades de toutes les couleurs qui faisaient tâche sur le vert des vignes et le noir des raisins. S'il fallait s'en séparer au prétexte que leurs couleurs n'étaient pas conformes et légales, sûr que les raisins, comme le titre du roman de John Steinbeck, deviendraient ceux de la colère !

Ainsi va le monde

Didier Martz 16 et 17 septembre 2010 écoutez