L'été fut, hélas, riches en catastrophes naturelles : Incendies gigantesques en Russie, inondations colossales au Pakistan, pluies diluviennes en Chine. On peut en attribuer la responsabilité à l'homme qui continue à jouer avec la nature mais il reste dans l'opinion une signification vengeresse dans ce déchainement brutal. Le Déluge universel, le feu de Sodome et Gomorrhe, les plaies d'Egypte manifestèrent le bras d'un Dieu courroucé par la mauvaiseté et l'immoralité des hommes. Cette idée de vengeance n'est pas perdue même si l'on a substitué la Nature à Dieu. La dimension métaphysique demeure. En avril 1912, lorsque le Titanic, heurté par un iceberg, coula avec 1500 personnes , il se trouva quelques penseurs prophétiques pour célébrer cette salutaire revanche de la nature bafouée contre l'homme. Aujourd'hui encore et plus que jamais, l'idée d'une vengeance de la nature est abondamment convoquée pour expliquer l'éruption du volcan en Islande, le cyclone Kahtrina aux Etats-Unis, le raz de marée sur les côtes françaises, l'émergence de maladies nouvelles, et caetera. Colère de Dieu ou de la Terre, il y a, dit Michel Tournier, romancier connu pour sa reprise de l'histoire de Robinson Crusoé, « dans l'orage et la tempête une dimension sacrée ». C'est dans Douceurs et Colères des éléments écrit en 1979. Il pense que l'homme éprouve, à mesure que sa puissance augmente et conjure la menace des éléments naturels, une nostalgie qui lui fait regretter les temps héroïques de sa nudité et de sa faiblesse. A force de s'entourer de décors et de nourritures artificiels, il lui vient une nausée de l'humain, et il se prend à rêver d'intempéries et de météores qui sont autant d'incursions du ciel dans sa vie. Certains sports élémentaires comme la nage, la voile, l'alpinisme tentent de retremper l'homme aux sources originelles de son histoire mais le butin est bien maigre. Et ce n'est pas le chaud contact du cheval dans l'équitation qui lui permettra de revenir en arrière. Seules les forces colossales que peuvent déchainer la terre dans ses tremblements, le feu dans ses incendies, l'eau dans ses débordements et l'air dans ses cyclones, rapprochent l'homme des commencements, celui qui fut démuni de tout, menacé de toutes parts, humble devant la nature. Il retrouve devant les catastrophes cette sensibilité première et l'émerveillement mêlé d'effroi devant le déchainement des forces naturelles. Il suffit de regarder un ciel d'orage pour être au cœur du mystère. Il y a sans doute et à chaque fois dans ces signes quelque chose d'une « apocalypse » non pas comme révélation du futur mais comme dit l'étymologie du mot, révélation, enlèvement du voile artificiel qui a recouvert le rapport premier de l'homme à la nature. Il y a dans ces phénomènes naturels, du surnaturel, du sublime nous dit Kan le philosophe. Du latin sublimis, « qui va en s'élevant » ou « qui se tient en l'air », le sublime désigne une chose grandiose et impressionnante qui déclenche un étonnement mêlé de crainte et de respect. Il n'est pas sûr que les 20 millions de pakistanais actuellement sans abri soient sensibles à ces idées. On trouvera là quelque désinvolture à traiter ainsi de ces situations dramatiques. Moins grave cependant que celle qui consiste à les noyer dans un bulletin météo, un point-route, un niveau de CAC 40 ou une pub pour un shampoing. Ainsi va le monde

Didier Martz 2 et 3 sept 2010