132 - VOUS AVEZ DIT "RADICAL" ?
Par Admin, lundi 17 octobre 2011 à 17:52 - Le monde comme il va - #356 - rss
Les élections approchant, on parle ici et là d'un changement « radical »... Mais les mots du pouvoir ont un sens flottant....
La chronique hebdomadaire Ainsi va le monde de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes (Reims 87.9 – Rethel 98.3 – Vouziers 98.2 – Charleville-Mézières 94.6) le jeudi à 18 h 50, rediffusée le vendredi à 12 h 40 - A écouter en web-radio sur : http://www.reims-web.com/ces-gens-la/index.php/chronique-audio-ainsi-va-le-monde-didier-martz|
Les élections approchant, on parle ici et là d'un changement « radical »... Mais les mots du pouvoir ont un sens flottant
Comme la plupart des termes par trop médiatisés, le sens de "radical" fluctue selon les circonstances. Si son contenu (le référent, le réel désigné par le mot) s'est quelque peu dissout, on le doit certes au détournement publicitaire des concepts, mais aussi sans doute au fait que le parti du même nom, le parti radical, se soit progressivement déplacé de l'extrême gauche à une mouvance centriste de l'UMP : effacement des frontières, brouillage. Dans son sens étymologique de "fondamental", "absolu", "définitif" (de radix, "racine"), l'adjectif est assez mal vu, en ces temps de consensus obligé. Pourtant on l'entend dans certains contextes autorisés : accolé à "parti", il est noble, il connote l'action énergique et rappelle vaguement certaines valeurs républicaines, jadis anti-monarchiques (liberté d'expression, égalité, laïcité...) ; en campagne électorale, c'est un terme fort qui promet le changement et mime le volontarisme. Mais en dehors de ces emplois "officiels", il n'est pas bon, non, d'être radical. Prôner une action radicale, c'est être idéaliste, au mieux un doux rêveur, au pire un révolutionnaire attardé, mais dans tous les cas immature, et potentiellement dangereux. Les antonymes "pragmatique", "nuancé", "progressif" ont bien meilleure presse. Le mot semble donc réservé. Pourquoi ? Car s'attaquer aux racines du mal ne va guère sans violence ; être radical, c'est prôner l'arrachement, donc accepter la possibilité du désordre, c'est bien sûr prendre un risque, ce que notre modernité mutli-assurée déconseille formellement. Et puis cela nuit à la bonne marche des affaires, comme au confort individuel. Pourtant, existe-t-il un changement digne de ce nom qui ne soit pas radical et donc, potentiellement, violent ? Comment s'attaquer aux fondements sans faire vaciller l'édifice ? comment s'emparer de son destin, sans s'engager, corps et âme ? C'est même très exactement le prix de la dignité : être capable de faire prévaloir une idée, par delà le risque personnellement encouru. "Radical", accolé à "action", c'est la manifestation même du courage. Qu'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas ici de prôner la violence, mais d'en conjurer l'épouvantail et de rappeler ce qu'elle est quand il s'agit de renverser l'ordre établi : non pas une fatalité, mais un potentiel qui signe négativement les phénomènes d'oppression. D'ailleurs il existe des modèles d'action radicale et non violente : Gandhi, Martin Luther King, qui n'ont pas moins mis leur vie en jeu ni tout à fait empêché les heurts. Un changement radical suppose donc moins la violence que le courage, et le courage suppose que l'on n'ait pas peur d'avoir peur.
Ainsi va le monde. 13-14 octobre 2011
sur un texte d'Hélène Genet

