L'attitude des hommes face au sentiment du beau est difficile à comprendre. En sortant du cinéma l'autre jour, après avoir vu «The tree of life », le film de Terrence Malick et palme d'or au festival de cannes 2011, j'émis un avis comme chacun peut le faire après avoir vu un film, du genre : « c'était beau, c'était bien ». Vous me direz que la remarque n'est pas d'un grand intérêt mais quelque fois il faut bien dire quelque chose. En tous les cas, une vive discussion s'ensuivit pour aboutir à quelque chose du genre : des goûts et des couleurs on ne discute pas, renvoyant chacun dos à dos mais pas fâchés. Si je vous dis à chacun ses goûts, vous serez d'accord avec moi : comme chacun voit midi à sa porte, des goûts et des couleurs on ne discute pas. Si je dis ça m'a plu ou si je dis c'est agréable, le jugement ne vaut que pour moi. On ne peut pas me contester que j'aime les fraises ou le vin de Bordeaux. Je ne présuppose pas que les autres doivent aussi les aimer, je sais que cela ne regarde que pour moi. Et fin de la discussion. Si j'avais voulu éviter une discussion, il eut été préférable de dire : ce film m'a plu. Mais, et c'est là qu'est l'os, en disant de ce film qu'il est beau, une partie de moi-même exigeait implicitement des autres qu'ils soient d'accord avec vous. C'est Kant, le philosophe ombrageux, qui le dit : l'individu lorsqu'il donne une chose pour belle prétend trouver la même satisfaction chez autrui. Il ne juge pas seulement pour lui mais pour tous. Quand on dit qu'un objet est beau, on veut dire qu'il doit plaire à tout le monde. C'est ce qui m'est arrivé à propos de ce film, en disant qu'il était beau ou bien, je prétendais implicitement qu'il devait plaire aussi à mes amis. Ce n'était certes qu'une prétention car on ne peut pas fonder ou prouver la beauté. A certaines époques et certains lieux, la beauté se fondent sur des règles et des canons qui la fige. Elle doit rentrer dans les clous et on n'en discute pas. Et d'un autre côté on ne peut pas non plus démontrer la beauté par des arguments rationnels. Une chose belle n'est ni vraie ni fausse. Pourtant le sentiment esthétique existe bien en chacun de nous. On sait qu'un feu de cheminée artificiel nous émeut moins qu'un véritable feu de cheminée et on sait aussi qu'un bouquet de fleurs en plastique ne dépasse pas en beauté la tige d'un vulgaire coquelicot même si il est bien imité. D'ailleurs, nous sommes en général déçus lorsque après avoir apprécié une belle toile de peinture on apprend que c'est une reproduction. Alors, la beauté est-elle dans l'objet comme dans un beau nuage ou dans les volutes d'un ruisseau parce que les formes sont harmonieuses, équilibrées. Ou bien est-elle dans notre imaginaire que nous projetons sur l'objet ? Ainsi, je vois dans le nuage, une sorcière, un éléphant, un visage.

	Quoi qu'il en soit, le sentiment de la beauté, l'émotion que nous éprouvons à l'occasion de la rencontre avec une oeuvre naturelle ou artistique a quelque chose de particulier comparé aux autres sentiments. Nous ressentons bien sûr quelque chose d'intérieur mais en même temps nous éprouvons le besoin de le partager. C'est ce qui permet d'en débattre. Au moins si nous ne pouvons nous mettre d'accord sur ce que c'est que la beauté au moins le jugement esthétique nous permet d'en parler et de communiquer ensemble. Ou de faire une chronique !!!

Ainsi va le monde

Et si n'avez pas vu le film, The tree of life, ne ratez pas l'occasion qui se présenterait

15 et 16 septembre 2011