127 - La dette et l'honneur
Par Admin, mardi 20 septembre 2011 à 20:48 - Le monde comme il va - #348 - rss
Ou de la différence entre le beauf et le politique
A écouter en web-radio sur http://www.reims-web.com/ces-gens-la/index.php/chronique-audio-ainsi-va-le-monde-didier-martz|
Entendu sur le trottoir : « Vous vous rendez compte, ces gens-là gagnent à peine de quoi manger et ils ont un téléviseur dans chaque pièce, toute la famille a son téléphone portable, des ordinateurs et la voiture... ils son couverts de dette et ne peuvent plus payer. D'ailleurs je crois qu'on va les saisir. C'est normal, ils n'ont qu'à faire attention. »
Eh oui, mesdames, ce sont des « beaufs », les représentants de ce que Cavanna appelait « la connerie morne ». Beauf est une notion générique. Les sociologues diraient un idéal-type. Un idéal-type rassemble les caractéristiques d'une personne appartenant nous dit l'encyclopédie en ligne Wikipédia « à la classe moyenne ou populaire, aux idées étroites, aux manières vulgaires, aux goûts douteux, nourrie de préjugés et peu tolérante ». Dans les dessins de Cabu, la personne est plutôt grosse, moustachue. Autres caractéristiques, elle consomme, des objets technologiques en particulier. Adepte du tuning et prenant sa voiture pour sa chambre, elle est peu argentée, s'endette, de crédits en crédits, se surendette, passe par un organisme bancaire prêt à l'aider en l'endettant encore plus et pour longtemps, puis vient l'huissier qui lui prend tout. C'est normal, il faut la rappeler à ses devoirs et à ses responsabilités.
D'ailleurs, l'article 4 de la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation stipule qu'un crédit engage et doit être remboursé et demande à chacun de vérifier ses capacités de remboursement avant de s'engager. Moins directive que la loi, la française des jeux avertit les joueurs que « jouer comporte de risques pour la famille, la vie sociale, la santé physique et financière » et que «trop miser conduit à l'endettement, l'isolement, la dépendance ». C'est du bon sens et s'il le faut, il est nécessaire de le rappeler de manière autoritaire et par voie d'huissier.
La France pour ne prendre qu'elle parmi les Etats européens surendettés et en faillite, accumule de la dette depuis environ 30 ans sinon plus. De 2004 à fin mars 2011, selon l'INSEE, sa dette est passée de 65,2% à 84,5% du PIB soit 1646 milliards d'euros. Le déficit public s'élève cette année à 98,5 milliards d'euros. A ce stade les chiffres ne disent plus rien. Comme disait Alain le philosophe du début du XXème siècle « au-delà d'un million de francs on ne rêve plus ». Pour être plus concret, si l'on peut dire, c'est 3123 euros par seconde. Sans doute l'endettement « d'un beauf » irresponsable sur un an.
Il est curieux que la question de la responsabilité de ceux, dirigeants de tout bord, qui ont conduit les pays dans cette situation catastrophique ne soit pas posée. L'homme politique n'est pas un « beauf » et si le sens de la responsabilité et de l'honneur qui va avec est absent du second, il devrait l'être doublement chez le premier. Rendre des comptes, c'est la possibilité de ne pas être n'importe qui. Il n'y a de dette qu'à la condition qu'elle puisse être honorée. Elle oblige à la responsabilité. Nous pensions que le quidam moyen pouvez en être exempté – encore que l'honneur comme le bon sens de Descartes doit être également partagé parmi tous les individus – et nous nous refusions à croire qu'il puisse en être de même de ceux qui « représentent » le peuple, des êtres distingués, donc. Mais devant tant de légèreté et de désinvolture, force est de convenir avec difficulté que désormais on cède, qu'on soit grands ou petits, et surtout grands, systématiquement sur la distinction et donc sur «l' honneur d’être soi. ».
Ainsi va le monde 8 et 9 septembre Didier Martz

