124 - Hommage à Jorge Semprun

Bienvenue à toutes et à tous On peut mourir à 88 ans. C'est ce qui est arrivé à l'écrivain, poète Jorge Semprun. Le rappel de sa chronologie permettrait de comprendre tout ce à quoi il doit son écriture et sa vie. Je ne veux pas ici prendre le risque de l'appauvrir. Je pourrait dire de lui qu'il est paroles, gestes, actions et mots. Il n'est pas sûr qu'il se reconnaîtrait dans ces qualificatifs. En réponse à une question qui lui demandait de se définir, il répondit : « Je ne suis ni vraiment espagnol, ni français, ni vraiment écrivain, ni politicien, parce que quand je suis espagnol je me sens plus français, quand je suis français je me sens plus espagnol… Je ne suis qu’une chose, c’est : ancien déporté. » La déportation. Il différera longtemps la possibilité de dire cette expérience cruciale jusqu'au jour où, j'imagine que ce fut l'espace d'un matin de printemps, il écrivit ceci : « On peut toujours tout dire, en somme. L'ineffable dont on nous rebattra les oreilles n'est qu'alibi. Ou signe de paresse. On peut toujours tout dire, le langage contient tout. On peut dire l'amour le plus fou, la plus terrible cruauté. On peut nommer le mal, son goût de pavot, ses bonheurs délétères. On peut dire Dieu et ce n'est pas peu dire. On peut dire la rose et la rosée, l'espace d'un matin. On peut dire la tendresse, l'océan tutélaire de la bonté. On peut dire l'avenir, les poètes s'y aventurent les yeux fermés, la bouche fertile. » Et il écrivit « Le grand voyage », un de ses plus beaux livres. Pour dire cinq jours passés dans un wagon plombé avec 119 détenus. Destination Buchenwald, camp de la mort. Il sut alors que la vie humaine pouvait être niée, qu'elle n’était pas sacrée, pouvait être réduite à l’état de « nudité métaphysique ». Il voulut néanmoins encore croire en elle. Mais il formula une crainte toujours d'actualité : « Le plus grand danger de l’Europe est la lassitude ». On sait que la fin du XIXème siècle fut, elle, chargée de de l'ennui. Le cataclysme de 1914 sortit les peuples de cet ennui profond. Ne jamais s'ennuyer, ne jamais se lasser, ne jamais oublier, être courageux sonnent comme des messages. Pourquoi pas ? mais ce n'était pas le projet de Semprun même si les périls sont toujours présents. Son projet : toujours travailler l’écriture pour qu'elle colle à la vie, faire que le récit soit la compréhension de l’individuel par les universaux, les grandes valeurs. Ces Luc Ferry payés à ne rien faire, ce Strauss-Kahn douteux, ces Laurent Ruquier et Coppé qui s'acharnent à vouloir faire travailler les RSA plutôt que faire payer les grandes fortunes, les guéguerres au sein du Parti Socialiste nous plongent à nouveau dans l'ennui et la lassitude. Petitesse et bassesse réduisent le monde. Jorge Semprun le grandit.. Ainsi pourrait aller le monde 16 et 17 juin

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