Bienvenue à toutes et à tous

Joelle Prungnaud dans son livre « Figures littéraires de la cathédrale » recense les propos littéraires tenus sur ces monuments et nous invite à travers les auteurs cités à les regarder, à regarder la cathédrale, celle de Reims ou d'ailleurs, autrement. Puisqu'il s'agit de lire et donc de livre, Huysmans, a développé,après Victor Hugo, le principe de la comparaison entre l'édifice et le livre. Ainsi la basilique est un tirage sur pierre dont il faut tourner les feuillets de pierre avec méthode, l'ouvrir par le chapitre du Nord et fermer par les alinéas du sud.

Un autre procédé est d'aller chercher dans le décor naturel l'origine de l'ornementation. Jules Laforgue voit ainsi dans la rosace de Notre Dame de Paris : « une avalanche de roses pâles/Et de lis tièdes de langueur/Déluges éternels de pétales. » Dans le poème Vitrail, Laurent Tailhade compare la verrière éclairée par le couchant à « un jardin semé d'aveuglantes corolles » mais l'obscurité envahit bientôt la cathédrale et : «l'ombre gagne et le vain prestige s'enfuit/Et les arceaux quittés n'ont plus de fleurs écloses/ Pour les répandre sur la robe de la nuit : la sacrilège Nuit  par qui meurent les roses » Les variations de la lumière décrite dans « L'homme en amour » transfigurent l'objet matériel : « aurore ou couchant à travers les givres d'argent rose, les lucides cristaux tintants du matin, ou les vespérales débâcles de pourpre et de sang ».

- Corps pétrifié, prodigieux organisme, la métaphore corporelle est elle aussi utilisée pour dire la cathédrale. Avec Camille Lemonnier, la cathédrale élance ses deux tours/ Jumelles comme des bras tendus vers le ciel. Il évoque les mains jointes de ses clochers ou le regard du jour qui descend par la haute paupière des baies. Albert Giraud fait parler les tours : que se disent-elles au crépuscule, elle qui plongent dans le ciel ?

- Auguste Rodin exprime avec beaucoup de conviction le bouleversement intérieur provoquée par la vision d'une cathédrale : « J'étais seul devant le colosse... Minutes d'anéantissement et, tout à la fois, de vie extraordinaire. Apothéose sublime ! Terreur sacrée ». Notre Dame de Reims ainsi découverte au matin confirme les impressions de la veille : … « le fond du choeur et toute la partie gauche de la nef sont plongés dans des ténèbres épaisses. L'effet est horrible à cause de l'indécision des choses dans le lointain éclairé...». « Je suis dans l'épouvante et le ravissement conclut le sculpteur, l'esprit s'ouvre à l'influence sublime ». Rappelons que seul un objet susceptible par son caractère d'exception de donner l'image de l'infini et de l'absolu et de provoquer un frisson spirituel presque mystique peut être dit sublime. Comme pourrait l'être le paysage d'une tempête en mer. Horreur sublime et inquiétante étrangeté

«L'indécision des choses dans le lointain éclairé », dit Auguste Rodin.  Bien sûr cette phrase ne dit pas la réalité, elle ne colle pas au réel comme lorsque nous disons  « c'est sombre » ou plus trivialement « qu'on n'y voit pas grand chose ». Dans l'indécision des choses, il y a juste ce qu'il faut d'opacité pour que nous devinions la cathédrale plutôt que la voir, pour que nous la regardions autrement. Avec les yeux du poète.

Ainsi va le monde 5 et 6 mai 2011