L'invention du barbelé
Par Admin, lundi 7 novembre 2005 à 10:50 - Frontières et barbelés - #51 - rss
Extrait d'une étude sur l'invention du barbelé et ses utilisations par Henri Ballu.
Le barbelé fait partie de cette cohorte de découvertes dont les inventeurs n’auraient sans doute pas tiré une grande fierté en constatant son évolution au cours des décennies qui ont suivi sa création. Quant à la charge symbolique qu’il véhicule depuis des années, elle aurait sans doute de quoi les surprendre.
Le barbelé a été inventé en 1873, pour ses premières formes, après une courte période de gestation, et dans un but bien précis, contenir les animaux dans des lieux clos ou interdire aux troupeaux en transhumance ou divaguant de dégrader les cultures. Tous ceux qui ont déposé des brevets n’ont rien dit de plus. Cette délimitation des espaces génèrera bien des conflits.
C’est un américain qui, le premier, aborde le problème; à la même période, un français, cordier de son état, donnera la vraie forme du barbelé. Aux U.S.A. les divers inventeurs se situent dans deux zones assez voisines. D’une part l’Illinois et l’Iowa et d’autre part le Vermont et le Connecticut.
En moins de 10 ans, les choses sont faites et les quelques autres brevets qui suivront (en 1887 et 1905) fermeront le dossier sans y rajouter grand chose et c’est là que commence l’autre destinée et l’imaginaire.
Les innovations, telles qu’elles sont généralement présentées, sont avant tout produites dans le but d’améliorer nos conditions de vie. Cette même imagination les conduit à des effets trop souvent détestables en les détournant de l’esprit initial.
C’est tout d’abord la naissance du premier détournement au travers des camps de concentration, créés par les Anglais en Afrique du Sud pour y incarcérer les Boërs ; ceux-ci l’avaient utilisé dans les tranchées pour arrêter les Britanniques. Dans un seul conflit, là encore, tout est dit.
C’est alors qu’apparaît le premier dessin de camps, dans l’Assiette au Beurre, en 1901 et une nouvelle carrière toute de symboles débute. La grande guerre, avec ses tranchées et ses barbelés, emplit les journaux illustrés de dessins dans lesquels le barbelé abonde, symbolisant l’agression ennemie.
Ce n’est que dans les années 50 à 80 qu’il est le plus utilisé pour stigmatiser l’idée de répression. Il faut dire que les camps de concentration nazis étaient passés par là. Dans cette période, le barbelé est partout où les droits fondamentaux sont bafoués : torture, apartheid, dictatures, mais également dans des combats politiques ou sociologiques comme le nucléaire, l’éducation, ou encore pour commémorer la libération des camps de concentration : il termine enfin dans la banalisation à force d’avoir servi.
Le barbelé a valeur d’exemple et prend toute sa force dans la symbolique qu’il véhicule. Avec lui, bien d’autres inventions ont suivi un sort identique, changé de destinée et abouti à des fins peu louables. Mais aucune ne traîne derrière elle une telle charge symbolique.
Hubert Ballu

