LE MONDE COMME IL VA N° 60 LE PRINCIPE DE PRECAUTION et la tartine beurrée
Par Admin, vendredi 22 janvier 2010 à 00:45 - Le monde comme il va - #256 - rss
On se demande si on n'en a pas fait un peu trop pour la grippe A, s'il fallait acheter tant de vaccins et mettre en place tout ce dispositif ? Même si on laisse encore entendre que l'épidémie est pour demain, la montagne a quand même accouché d'une souris. Sauf que si nous avions eu effectivement une grave épidémie...
On se demande si on n'en a pas fait un peu trop pour la grippe A, s'il fallait acheter tant de vaccins et mettre en place tout ce dispositif ? Même si on laisse encore entendre que l'épidémie est pour demain, la montagne a quand même accouché d'une souris. Sauf que si nous avions eu effectivement une grave épidémie sans prendre suffisamment de précautions, mal nous en aurait pris. Et justement, c'est la précaution qui est invoquée pour justifier toutes les mesures prises. Avec la précaution érigée en principe, il faut toujours considérer que le pire est certain : in dubio pro malo. Chacun sait, dans la vie ordinaire, ce que c'est que de prendre des précautions dès lors qu'une situation peut présenter des risques comme par exemple sortir par mauvais temps. On évalue la situation, on pèse le pour et le contre, puis on décidera de sortir ou pas. Dans ce cas, la précaution est fort proche de la prudence au sens moderne. La prudence vise des risques certains, avérés. On est à peu près sûr que la chose peut arriver. Le danger est réel. Ainsi on recommande aux enfants d'être prudents pour traverser la route. Avec la prudence, nous sommes déjà dans l'action. Il faut faire attention où on met les pieds ! La prudence n'est pas la prévention. Nous entendrons sur RCF avant de partir à l'école, un message de la Sécurité Routière informant les enfants de bien traverser dans les clous. Il s'agit de prévenir des risques parce que l'on sait statistiquement que beaucoup d'accidents surviennent lorsque des enfants traversent une rue passagère. Le risque est avéré mais il n'est pas certain pour chacun de nous. Lorsque un italien se fait renversé toutes les 30 secondes en Italie, il ne s'agit pas du même italien ! Et la prévention c'est toujours pour les autres contrairement à la prudence. Précaution, prévention, prudence, ces trois termes désignent la manière dont l'homme gère son rapport au monde et aux autres dès lors qu'il est dans l'incertitude quant aux risques qu'il encourt. Avec cette petite dose d'insouciance qui lui permet néanmoins d'aller dans la vie, dans la mesure où il ne peut tout savoir et tout contrôler. Même s'il a tendance à se prendre pour Dieu par moment. Le développement des sciences et des techniques et les conséquences qu'il a sur la santé et l'environnement notamment, ne permet plus d'anticiper ou de prévenir des risques dont la réalisation future est susceptible d'entraîner un préjudice sérieux et généralisé (émissions d'ondes des téléphones portables, le nucléaire, les modifications génétiques...) On ne sait plus très bien où l'on va. D'où l'idée de faire de la précaution un principe non plus de bon sens à l'appréciation de chacun, mais un principe politique, moral et juridique qui s'applique à tous, uniformément. Il faut être à même d'imaginer que même l'impossible est possible. Le pire est désormais certain sauf qu'on en connaît pas la nature ni l'heure d'arrivée. Le problème avec l'impossible c'est qu'on ne sait qu'il a été possible qu'une fois qu'il s'est réalisé. Comme le dit Bergson, on ne peut alors parler du possible qu'au futur antérieur. Ainsi, l'effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 n'aura été possible (je souligne) qu'une fois qu'elles se sont écroulées. Angoissant, n'est-ce pas ? Il est plus confortable de savoir qu'une tartine tombe toujours du côté où elle est beurrée même si je suis responsable d'avoir beurré du mauvais côté. Ainsi va le monde !
Didier Martz 21 et 22 janvier 2010
- Chronique sur RCF Reims Ardennes Le jeudi à 12 h 40, le vendredi à 18 h 15

