« Nul n’est méchant volontairement »

Pour Socrate, si nous faisons le mal, c’est par ignorance de ce qu’est le bien. Aussi une éducation, voire une rééducation par la punition est profitable à tout individu. Socrate, dans cette version optimiste du mal, posait il y a 2000 ans la possibilité d’une récupération de tout criminel. Il s’en fallut de peu qu’il eût raison.

Car vint Patrick Henry : l’affront de l’exemple au principe général. Il n’en faut en effet qu’un pour que rien de général puisse se dire de la nature humaine. Ni bonne, ni méchante, elle n’est rien en dehors de ceux qui l’habitent, pour le meilleur ou pour le pire…

Patrick Henry, et c’est en ce sens qu’il est exemplaire, est à la fois le semblable et le dissemblable. Il est mon prochain, l’autre homme parce qu’il me ressemble mais en même temps tellement méconnaissable. Et c’est là que commencent les problèmes. C’est à partir du moment où l’autre n’est plus l’autre pareil à moi, mais l’autre altéré, ici par sa monstruosité, que finit la reconnaissance et commence la méconnaissance. Comme dit Jacques Derrida, c’est là que commence « l’hyperéthique » parce que l’éthique habituelle que j’applique aux autres, aux miens, ne suffit plus, « là où nous ne reconnaissons pas, là où nous avons affaire à du méconnaissable, à ce qui résiste à cette appropriation inéluctable que la reconnaissance engage : la réciprocité, l'altérité, le contrat, la symétrie... ».

Réciprocité, altérité, contrat, symétrie… tous ces principes sonnent bien quand nous sommes entre nous et partent en fumée devant cette singularité exclusive de l’autre.

Patrick Henry est singulier, trop singulier. Dans le face-à-face que j’engage avec lui qui engage ma responsabilité, ne serait-ce que parce qu’il un visage d’homme, « il faut que l'élément de la justice, de la compassion, de la raison, intervienne, pour que ce face-à-face ne soit pas violent » (encore Derrida). Sinon je le tue.

Didier Martz