LE MONDE COMME IL VA N° 50 LE MUR DE BERLIN
Par Admin, mardi 10 novembre 2009 à 13:36 - Le monde comme il va - #245 - rss
OU UN DE PERDU, DIX DE RETROUVES
La chronique de Didier Martz, philosophe et musicien A entendre sur : RCF Reims 87.9 - Charleville Mézières 94.6 - Rethel 98.3 - Vouziers 98.2 Le jeudi à 18 h 15, le vendredi à 12 h 40
10/11/09
Bienvenue à toutes et à tous. Le mur de Berlin : 1 de perdu, 10 de retrouvés. Ce n'est pas que je veuille jouer les trouble-fête de la liberté, retrouvée, il y a quelques vingt ans maintenant dans l'ex République Démocratique Allemande, qui n'avait de république et de démocratie que le nom, mais je ne peux m'empêcher de penser à ces murs qui depuis se sont érigés un peu partout dans le monde. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, on compte environ 18000 kilomètres de murs, remparts et autres palissades nouveaux qui séparent, ici et là le monde en deux. Le journal Télérama dans un dossier consacré à ces nouvelles frontières cite des murs entre les États Unis et le Mexique, Israël et la Cisjordanie, la Chine et la Corée du Nord, le Botswana et le Zimbabwe, l'Afrique du Sud et le même Zimbabwe, l'Arabie saoudite et le Yémen, l'Inde et le Pakistan, le Bangladesh et la Birmanie, l'Ouzbékistan et le Kirghizstan, l'Union Européenne et l'Afrique du Nord dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Mélilla, etc., etc. Il faudrait ajouter, souligne dans le même dossier,la politologue américaine, Wendy Brown, les « murs dans les murs », ces cloisons étanches qui fleurissent dans les villes pour séparer les uns d'avec les autres, les riches d'avec les pauvres, les nationaux d'avec les immigrés. Viennent ensuite les quelques deux cent cinquante centres de rétention, zones d'attente ou de transit qui bordent l'Europe et sans que la liste soit close, les divers camps de réfugiés, clôturés de barbelés, qui émaillent le monde. Alors qu'on nous parle de mondialisation, de village global, de communication tous azimuts, de brassage des cultures, d'acceptation des différences et j'en passe, pourquoi cette boulimie de remparts et de forteresses ? Pour se protéger certes. Se protéger de qui ? D'autres hommes. Des hommes se protègent d'autres hommes ! Ceci en dit long sur notre capacité d'intégration et d'acceptation. A terme cette frénésie risque de se retourner contre leurs promoteurs et nous-mêmes. Sans doute faut il voir également dans ce que Wendy Brown appelle le « désir de murs » une pathologie nouvelle qui ronge des individus perdus dans une mondialisation qui leur échappe, à la recherche d'identité, de sécurité et de limites. Pourtant le mur, dans sa violence, a peut-être une autre fonction. Je ne sais plus qui disait à propos de la chute du Mur de Berlin qu'elle signait la fin des utopies. Comme si la présence de l'obstacle permettait de forger des rêves, des mondes meilleurs et de ne pas abandonner la promesse de quelque chose d'autre. Comme si, il fallait une montagne pour avoir le projet d'aller voir derrière. Comme si, et c'est bien là le paradoxe, pour éprouver sa liberté, il fallait pouvoir franchir un mur. Sartre disait étrangement et au risque de nous faire bondir, que « jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation Allemande » ! Pourquoi ? Parce que selon le philosophe, vivre sous l'Occupation, c'est être exposé en permanence au danger ; c'est avoir, à chaque seconde, la conscience d'être vulnérable et mortel. Les actes, les paroles, les pensées prennent dès lors un poids qu'ils n'ont pas d'ordinaire. Il faut choisir. Et c'est l'occasion d'exercer sa liberté. Mais il est peu probable qu'un désir d'apprendre la liberté aux individus soit derrière cette obsession des frontières. Ainsi va le monde.
Didier Martz

