8 décembre 2008

Faut il ouvrir les magasins le dimanche ?

Faut-il ouvrir les magasins le dimanche ? Donc travailler le dimanche ? Donc, consommer le dimanche ? Donc, faire du dimanche un jour comme les autres ? Pourquoi pas ? Mais avec quand même quelques interrogations voire conséquences. Je ne rappellerais pas ici la signification du dimanche dans la religion : jour de la résurrection du Christ et célébré comme tel par l’Eucharistie. C’est par un aléa de l’histoire que le dimanche est devenu le sabbat, le repos du septième jour, le jour mis à part par et pour Dieu. En effet, à l’origine, le sabbat (sabado en espagnol) correspond au samedi. Il est le rappel hebdomadaire de la création du monde en sept jours. Samedi ou dimanche, peu importe au fond. Ce qui compte, c’est qu’il existe dans le rythme hebdomadaire, une journée spécifique qui peut être consacrée à la célébration divine, au repos, au loisir, comme l’on voudra, mais qui dans tous les cas introduit une rupture, un « break » diraient les Français. Les Romains ne s’y étaient pas trompés non plus en célébrant le jour du soleil, le dies solis. En effet, dans l'astrologie populaire romaine, chaque jour portait le nom d'une planète et comme il n'y en avait que sept (y compris le soleil), ce cycle coïncidait avec le rythme de la semaine juive de sept jours. Introduire une rupture dans le rythme de la vie est une donnée anthropologique majeure, c’est-à-dire un fait spécifique, essentiel à l’homme par rapport aux autres animaux et qu’on ne peut y contrevenir sans l’affecter profondément. L’homme a certes besoin de repos, de reconstituer sa force de travail mais surtout il a besoin de symbole, de sacré et par conséquent de rituels. Il a besoin de rites funéraires, religieux, politiques, magiques, sexuels. Or progressivement ils disparaissent de nos sociétés, laissant place au vide et à l’ennui. L’homme a besoin de ces ruptures qui marquent sa vie : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, de la vie à la mort, du profane au sacré. Le dimanche, entre autres, est le repère concret de ces ruptures. Ce jour-là quelque chose s’arrête, quelque chose se passe de pas ordinaire, même le repas habituel fait l’objet d’une sorte de cérémonial : c’est dimanche ! Bien sûr nombre d’individus travaillent déjà le dimanche mais c’est vécu comme un désagrément justement parce qu’ils sentent alors que quelque chose de la vraie vie est atteint. Avec l’ouverture des magasins le dimanche, c’est la grande banalisation, la grande uniformisation des modes de vie qui se poursuit. Déjà les espaces se ressemblent beaucoup : il suffit de regarder les entrées des grandes villes, les mobiliers urbains des centres villes, et j’en passe, pour être partout au même endroit. Maintenant ce sont les temps sociaux qui se standardisent : toutes les journées s’apparentent, se ressemblent, collent entre elles, sans compter que tout le monde ou à peu près fait à peu près la même chose au même moment. D’ailleurs, on ne s’habille plus le dimanche. On le voit bien chez le retraité qui ne sait plus quel est le jour de la semaine et qui ne prend pas la peine de troquer son jogging pour le costume des dimanches. Et puis comment pourrons-nous répondre « comme un lundi » à la question « comment ça va ? » s’il n’y a plus de dimanche !

Didier Martz