La fin des idéologies ou leur faim mauvaise ?

         Il était une fois – c’était même de nos jours – un monsieur plus ou moins normal, c’est-à-dire Français, depuis 12524 générations, sans compter les invasions. Il n’aimait pas trop se prendre la tête. C’est-à-dire que penser sans avoir mangé lui faisait un peu mal au ventre. Il voyait bien que certaines choses n’étaient pas correctes. Comme virer un grand chef avec même pas dix millions d’euros de retraite, pour faire un compte rond. Donc, et surtout quand il faut voter, (« votons nous les uns les autres » disait ma française grand-mère ) l’immense complexité d’une société lui paraît bien trop compliquée. «  Que faire ? » se demande ce brave monsieur. « Faut aller au marché des idéologies sommaires » répond l’écho tourmenté de son âme ( « absolument », dit TF1 la sommaire télé qui prépare le terrain ).
         Le monsieur va donc choisir son casse-croûte mental en fonction de l’idéologie qui lui paraît la plus proche de son moral. Avec ou sans moutarde, avec ou sans compte en banque, avec ou sans cœur, avec ou sans frontière, etc, etc. De tout pour faire un monde à compartiments.
         A chacun son idéologie de mauvais services à humanité, uniforme mental étriqué fait sur mesure industrielle. Celles des autres étant à combattre. « L’ennemi est bête, il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui. » ( Système de D. )
         Les idéologies, idées courtes et filles de pub, donnent de mauvaises réponses à de bonnes questions. Grilles de mauvaise lecture. Slogans à penser. Pièges à pseudo convictions. Simplifications fabriquées sur des faits choisis par ci, par là, selon les filtres adoptés.. Et elles se plantent tôt ou tard car elles croient posséder la vérité. Elles n’aiment pas la raison, elles veulent avoir raison.
         Trop complexes pour elles, sont les réalités humaines, et trop contradictoires, et pas homogènes du tout. Faut réfléchir, faut pas fléchir.
         J’attends la fin des idéologies. Elles sont empoisonnées d’inconscients noyaux de sourde affectivité, où baigne moins de cœur que de rancœur. Ce sont de faibles armes pour comprendre la vie. Simplistes et séduisantes, attractives et réductrices, toutes les idéologies se trompent, et trompent leur monde. A cause d’elles, on patauge. On fait puis on défait.
         Tant que la faim des idéologies attisera les sales conflits, la fin de ces caricatures de pensée sera pour plus tard ! La réalité est trop riche et trop pauvre, trop laide et trop belle, pour que les idéologies, filles faciles de la technique et de la modernité, continuent de pourrir l’humanité. Apprenons à penser plus haut que les idéologies.
         Ce sont les utopies qui font avancer le monde, pas les barrières idéologiques.