Le port ostentatoire d'objets religieux symboliques
Par Admin, dimanche 16 octobre 2005 à 23:02 - La laïcité - #24 - rss
Foulard, croix, kippa et laïcité…
Foulard, croix, kippa et laïcité…
L'association des termes n'est pas neutre. En mettant sur le même plan ces trois signes religieux et en rapport avec la laïcité, on vise à élargir un débat qui se focalise actuellement sur le "foulard" à tous les signes et insignes religieux. Est- ce pertinent ? Voile, croix, kippa même combat ? N’y a-t-il pas un enjeu spécifique lié au voile ou foulard ? Peut-il être mis sur le même plan que la croix ou la kippa alors qu'il n'a pas le même sens, les mêmes connotations, la même histoire ? Y a-t-il une spécificité telle du "foulard" qu'il mériterait un traitement à part ? Celle-ci pourrait venir de son fondement et de son rapport au couple pureté/impureté : les cheveux de la femme doivent être cachés. En soi, pas de problème particulier. Chaque religion trace ses lignes de partage entre le pur et l'impur, le sacré et le profane. Sauf que cette ligne-là, celle qui place la femme du côté de l'impureté vient heurter l'idéologie des Droits de l'Homme devenus progressivement aussi Droits de la Femme. Le débat sur le foulard s'est construit avec ces ingrédients.
Mais pas seulement car on explique mal pourquoi il prend tant d'importance alors que quantitativement il ne représente qu'environ 150 cas recensés pour le port du foulard à l'Ecole, plus sans doute un autre nombre non déclarés. Ceci dit, l'argument de la quantité ne tient pas à lui tout seul.
Par ailleurs, on porte et on montre en France, certainement beaucoup plus de croix et de kippa réunies que de foulards sans que cela puisse émouvoir quiconque sauf peut-être la Libre Pensée qui s'est émue que des candidats au baccalauréat puissent composer sereinement sous le regard d'un Christ en croix.
Pour ce qui est de la condition de la femme et de son traitement dans la France contemporaine, il suffit de regarder une émission comme "l'Ile de la Tentation" sur TF1 pour s'apercevoir qu'il n'est même pas question de soumission - dans la soumission un individu peut encore garder son identité - mais "d'objectation", de transformation de la femme (et de l'homme d'ailleurs) en objet. Passons sur les conditions générales et matérielles de vie de la femme aujourd'hui.
Où est donc le problème ? Du côté de ce qu'on appelle le communautarisme, le repli identitaire, qui feraient du foulard le symptôme d'une crise beaucoup plus profonde et qu'il ne faudrait pas prendre à la légère ? Mais il existe aussi d'autres insignes d'appartenance, de références pas nécessairement de nature religieuse qui mériteraient une attention soutenue : la musique new-age ou technivalesque, le port "gothic", les livres de scientologie, ou pourquoi pas, le Coca-Cola.
Alors pourquoi cette focalisation ? Pourquoi, si l'on admet qu'une société ou les individus ne sont pas confrontés à des problèmes qui existeraient en eux-mêmes et de "tous temps", cette construction problématique autour du foulard ? Une réponse simple, voire simpliste, serait de dire qu'elle détourne des vrais problèmes : de la condition de la femme aujourd’hui dans notre société par exemple ?
Sous le rapport de l'ouvert et du fermé, les discours et dispositions dominants vont dans le sens du fermé : retraite, sécurité, intermittents, sécurité sociale… La "question" du foulard s'inscrit dans un processus de fermeture. Or la laïcité est un processus par essence ouvert, accueillant. Elle est la non-philosophie qui rend possible toutes les philosophies, la non-idéologie qui rend possible toutes les idéologies. Elle devrait donc, en tendance, offrir un cadre idéal à la « bigarrure culturelle » d’aujourd’hui. C'est pour cela qu'elle est, avec le foulard, en question.
De l’ostentation
L'ostentation est l'étalage excessif d'un avantage ou d'une qualité. Elle qualifie le geste ou l'attitude de quelqu'un qui cherche à se faire remarquer. Le foulard, la croix et la kippa sont des objets mais pas n’importe quels objets : ce sont des signes. Ils veulent montrer quelque chose. Quelque chose de différent. C’est leur fonction. Il n’est pas donné à tous les objets de pouvoir être le symbole de quelque chose d’autre, une valeur par exemple ou une croyance (encore que Baudrillard soutiendrait qu’il n’y a pas d’objet qui ne soit symbole de quelque chose). La souris ne pourra jamais symboliser la force : celle-ci est réservée au lion. Et la justice sera le glaive ou la balance. Certains objets sont ainsi constitués en symboles par l'histoire, la culture avec toujours un rapport de ressemblance ou de sens avec ce qu'il désigne. Certains finissent par se désymboliser à force d'inscription dans la chair du monde. Ils vont de soi. Comme la croix alors qu'il y a encore quelques années on recommandait dans les écoles de la mettre sous le pull D'autres, pour des raisons obscures, se "font remarquer" : c'est le cas du foulard.
Mais il y a foulard et foulard. Le foulard est polysémique. Le foulard peut être aussi dit « voile » mais ce n’est pas un « voile ». mais ce n’est pas non plus le « voile grillagée » afghan. Le foulard est parfois porté en « bandana », sorte de bandeau de couleur vive. Donc lorsqu’on parle de foulard, on ne sait pas ce qu’on dit ou bien l'on dit toutes sortes de choses.
Le foulard est un objet religieux mais il aimerait se faire oublier comme tel. Alors il a tendance à se fondre en devenant un objet esthétique avec des couleurs, des formes, des manières de le porter. Presque érotique puisque « voilant », il dissimule et loin d’éloigner, comme ce fut l’intention autrefois, la concupiscence des hommes, il éveille leur désir. Force de l'érotisme donc toujours apte à lutter contre la transparence, la normalisation.
Didier Martz

