CAFE DE PHILOSOPHIE : LA FIN DES LUMIERES
Par Admin, lundi 24 mai 2010 à 12:17 - Le café de philosophie - #278 - rss
République et/ou démocratie ? Intérêt général et/ou intérêts particuliers ? Raison et/ou croyance ? Burka ou pas burka ? Liberté et/ou égalité ? Laïcité et/ou communautés ? Libéralisme et/ou socialisme ? Droit de l'homme ou de quelques hommes ? Fin du progrès ? Des lendemains qui chantent ? ... Les notions qui ont animé l'esprit des Lumières sont aujourd'hui interrogées, contrariées, agacées. Retour de l'obscurantisme, de l'obscurité ou évolution vers un autre modèle ? Est- ce LA FIN DES "LUMIÈRES" ?
Samedi 29 mai à Reims au Bar Le Stalingrad (0326403070), 2 Place Stalingrad de 17h à 19h en partenariat avec le Cercle Condorcet.
Qu'il s'agisse de république, de démocratie, de raison, de rationalité, d'intérêt général, de service public, de progrès,laïcité etc. aucune de ces notions ne va plus de soi aujourd'hui.
La décomposition d'un monde dominé par la technique sonne le glas d'une époque marquée par la confiance dans le progrès; la montée en puissance du radicalisme religieux écorne les principes de la laïcité; l'irruption sur la scène internationale de cultures différentes inquiète l'universalisme de l'esprit des lumières; la montée des intérêts particuliers nourrit de libéralisme nuit à l'intérêt général et au service public; le pluralisme des valeurs joue contre l'universalisme des Lumières... Il faudrait ajouter les interrogations sur la démocratie représentative vidée de son sens par la pratique de l'abstention; l'action politique bornée à la gestion des affaires; le poids des communautés dont la plus importante et nuisible est celle des boursiers et autres spéculateurs qui menace 1000 fois plus la République, la Démocratie et ses valeurs qu'une poignée d'intégristes archaïques et porteurs de Burka...
Ceci étant posé, faut-il renoncer aux Lumières ou constituent-elles un patrimoine à défendre car le seul principe du vivre ensemble ? Faut-il alors se laisser aller dans le flux libéral et néolibéral et laisser faire le marché et les prétendues lois de l'économie ? Ou Inventer comme le suggère Maffesioli un autre modèle qui compose, tient compte des évolutions de la société ? N'est-on que dans un phénomène conjoncturel ou bien sommes-nous à la veille d'une rupture du même type que celle que justement nous avons connu avec les Lumières ?
Mais plus au fond, cet esprit des Lumières est-il allé autant de soi qu'on veut bien le dire ? N'a-ton pas une vue déformée et un peu idyllique de s ce qu'il fut : une histoire de combat, de victoire, de vainqueurs et notamment de victoire de la raison sur l'obscurantisme, de la liberté contre le despotisme ? N'est-ce pas méconnaître qu'il fut, dès l'origine l'objet d'une contestation permanente et qu'il suscita des mises en causes radicales. Je n'en citerai qu'une ou deux
La remise en cause postmoderne soutenue par des philosophes comme Adorno et Horkheimer qui mettent en évidence la dialectique d'une raison retournée contre elle-même. Dans son entreprise de domination de la nature grâce à la raison, l'homme sujet dominateur finit selon eux par s'inclure dans la totalité à dominer et perd ainsi toute particularité et toute liberté.
De ma même manière, qu'en est-il de ce sujet prométhéen qui somme toute ne fait que refléter la toute puissance du mâle européen blanc faisant ses droits particuliers sous le couvert de droits universels de l'homme ?
Ou encore, le rationalisme ne s'inscrirait pas dans un processus de sortie de la religion (Gauchet) et loin de représenter une tentative de rupture avec le sacré, les Lumières exprimerait au contraire une sorte de quête théologique de religion.
Et enfin, malgré Rousseau, si l'esprit des Lumières est dans son fondement d'inspiration libérale, il y aurait alors à s'interroger sur ce qui dans ce qui le compose pousse à toujours plus d'individualisme contre le socialisme, au sens de ce qui fait société.
Dans tous les cas, devant la fragmentation du corps social, l'accroissement non seulement des inégalités mais en plus des injustices, la crise (qu'on s'emploie par tous les moyens à aggraver de l'Etat-providence qui est d'abord et avant tout un Etat- protecteur contre les coups de boutoirs de la société libérale, le renoncement à l'action politique... il y a urgence à se poser les questions, y répondre et à agir.

