111 Epictète, le tremblement de terre et les Japonais

Bienvenue à toutes et à tous

Dans la tragédie qui se joue au Japon, on est frappé par le calme des japonais. Un journaliste le soulignait en indiquant que ce qui compte pour eux c'est le présent, le passé et l'avenir ne comptant pas. Le Japon, c'est l'empire de l’inespoir bien différent du désespoir. Dans le JOURNAL du DIMANCHE, l’écrivain Yves Simon ajoute son admiration pour un peuple japonais, habitué au provisoire, à l’éphémère et au fragile. Ici, écrit-il, on ne pense ni à la flèche, ni à la cible, mais à la politesse qu’il faut avoir, avec l’arc. La flèche n’a pas plus de sens que la vie.… Ici, écrit Yves Simon, à chaque minute de la nuit et du jour, un gong rappelle aux passants les désastres d’Hiroshima et de Nagasaki. Il y a quelque chose de très stoïcien dans cette attitude. Epictète, philosophe grec (50-125) invitait à reconnaître l'impossibilité pour l'Homme de contrôler ce qui ne dépend pas de lui : l'avis des autres, la richesse, la chance, les malheurs, la mort.

"De toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui en dépendent sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions; en un mot, toutes nos actions. Celles qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités; en un mot, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions.

Les choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle; celles qui n'en dépendent pas sont faibles, esclaves, dépendantes, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients, et entièrement étrangères.

   Ainsi, devant toute imagination pénible, sois prêt à dire : «Tu n'es qu'une imagination, et nullement ce que tu parais.» Ensuite, examine-la bien, approfondis-la, et, pour la sonder, sers-toi des règles que tu as apprises, surtout de la première, qui est de savoir si la chose qui te fait de la peine est du nombre de celles qui dépendent de nous, ou de celles qui n'en dépendent pas; et, si elle est du nombre de celles qui ne sont pas en notre pouvoir, dis-toi sans balancer : «Cela ne me regarde pas.»

L'homme doit accepter cette nécessité et ne pas s'attrister de la disparition des choses périssables, qui sont dans l'ordre des choses, pas même de la mort de ses proches, qui ne peut pas être évitée. S'attacher aux choses matérielles est une erreur qui amène à la souffrance, alors même que le sage peut jouir des objets sans s'y attacher. Il doit se concentrer sur ce qui est sous son contrôle, c'est à dire son âme, seule partie libre de son être. Vouloir changer ce qui ne dépend pas de lui rend l'Homme malheureux, tandis qu'accepter son impuissance sur ces choses et ne s'occuper que de la partie de lui-même qu'il peut contrôler l'amène à une grande sérénité.

La terre peut alors trembler et le ciel nous tomber sur la tête.

Ainsi va le monde 17 et 18 mars 2011

- Écouter la chronique |http://www.reims-web.com/ces-gens-la/index.php/chronique-audio-ainsi-va-le-monde-didier-martz|fr|chronique audio philo]