Ainsi va le monde n°365 - Se faire tailler un costume

Ou comment à se faire tailler des costumes on peut se ramasser une veste !!!!

Comme il est beaucoup question de tailleur et de costume dans ce qu'on appelle l'actualité – il faudra bien un jour faire un sort à cette notion – je me suis penché sur l'expression « se faire tailler un costume ». Évidemment, je laisse ici le sens littéral de l'expression qui signifie « demander à un tailleur de faire un vêtement ». Une expression de moins en moins utilisée, sauf dans quelques sphères sociales, vu qu'il n'existe pratiquement plus de tailleur, la confection et le prêt-à-porter l'ayant évincé. C'est un mouvement général qui consiste à trouver désormais « tout fait », « tout préparé » ce qui autrefois se fabriquait par soi-même. Sans faire appel au tailleur, ma mère ou ma tante puisaient dans la revue « L'écho de la mode » tous les « patrons » - ou modèles - nécessaires pour confectionner une veste, un pantalon, une chemise ou un corsage. Une tendance indique un retour à cette pratique qui consiste à faire les choses soi-même, le « do it your self » anglais. On se réjouira que des hommes et des femmes retrouvent l'usage de leurs mains. Et j'ajouterai l'usage de leur esprit car le « tout fait », le « tout préparé », le « pré-cuit », le « pré-lavé » et le « pré-mâché » ont envahi notre quotidien et gagnent aussi les esprits avec le prêt-à-penser servi chaud ou froid et en bouillie à longueur de journée. Le prêt-à-porter est au corps ce que le prêt-à-penser est à l'esprit. Aussi « think it yourself », pensez par vous-mêmes.

Après ce détour, j'en viens au second sens de l'expression « se faire tailler un costume » en soulignant qu'un même personnage puisse « se faire tailler un costume » dans les deux sens. Le sens littéral que je viens d'évoquer et celui de dire du mal de quelqu'un, de lui mettre diverses choses « sur le dos ». A juste ou injuste titre. A ce stade, on voit mal le rapport entre médire de quelqu'un et lui « tailler un costume » à part lui mettre des choses sur le dos ou lui faire porter les dites choses comme on lui fera porter le chapeau.

Après recherche j'ai trouvé sur le web, une origine de l'expression qui semble plausible. À l'origine, vers 1880, « faire un costume à quelqu'un », c'est applaudir un acteur dès son entrée en scène et avant même qu'il a prononcé la moindre parole. Peu importe qu'il soit bon ou mauvais, c'est le costume qu'on applaudissait. D'ailleurs, aujourd'hui, on applaudit aussi systématiquement après la pièce, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Nous n'en sommes plus au temps de la critique acerbe qui s'exprimait dans le théâtre lui-même par des sifflets, des jets de tomates ou des fauteuils cassés.

Donc, dans l'argot théâtral, on faisait un triomphe à un acteur en costume. Pour trouver un lien avec l'antiphrase ironique « tailler un costume », il faut aller voir du côté de l'étymologie de « habiller » car notre expression a une voisine : « habiller quelqu'un pour l'hiver ». « Abiller » sans 'h' vient du préfixe 'a' et de « bille » comme dans « bille de bois ». Au XIIIème siècle « abiller » une bille de bois informe signifiait l'écorcer, l'ébrancher, la préparer pour en faire un parfait cylindre. De « abiller » à « habiller », il n'y a qu'un pas ou qu'un 'h'. Le lien n'est pas encore évident mais il se noue à cette autre expression du XIXème siècle plus proche par la construction : « habiller de taffetas à quarante sous » pour médire de et compromettre quelqu'un en lui attribuant des propos ou des actions. L'expression s'est répandue sous la forme de « tailler un costume » au milieu du XXe siècle en préférant à « habiller » un « tailler » plus tranchant qui signifie « mettre en pièces », « mettre en morceaux ». Les américains préfèrent « rôtir quelqu'un » et les espagnols « couper une casaque à quelqu'un ». Ainsi va le monde ! Le 15 mars 2017

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