Ainsi va le monde Ainsi va le monde n° 417 - Des robots et des hommes

On s'émeut beaucoup à l'idée, proche du fantasme, que les robots pourraient bientôt remplacer les hommes. L'idée est au cœur du courant de pensée appelé post-humaniste. Ce n'est pas seulement une idée. On observe ici et là des objets dotés d'une « intelligence » telle qui laisse penser, espérer ou redouter que le projet deviendra réalité. Les technologues travaillent actuellement dans deux directions. D'une part, « machiniser » l'homme et d'autre part « humaniser » la machine.

La machinisation de l'homme remonte assez loin dans l'histoire, au moment où on commence à l'appareiller. On a des témoignages de cette pratique dans quelques bas reliefs égyptiens où des guerriers sont équipés d'un pilon pour remplacer une jambe manquante. Appareiller se dit aussi de celui ou de celle qu'on équipe d'un sonotone pour qu'il entende mieux. Pacemaker, cœur artificiel, tibia en carbone et maintenant l'implantation de puce RFID qui permet de se connecter sans un geste à son ordinateur ou d'ouvrir sa porte de garage. On réparait l'homme, on l'améliore maintenant et nous ne sommes pas loin de pouvoir l'augmenter. Jesus rendit la vue à l'aveugle, l'homme qui se prend pour Dieu lui en fait voir de toutes les couleurs et beaucoup plus que la nature le permettait. Equipé et suréquipé l'homme devient progressivement une machine

Quant à l'humanisation de la machine, elle est sans doute plus récente. Mais déjà au 18ème siècle on s'amuse beaucoup à créer des animaux-machines. Vaucanson crée entre autre en 1744, le canard-digérateur qui peut manger et digérer, cancaner et simuler la nage. Il ne lui manque plus que la parole ! Depuis, on n'aura de cesse de tenter de faire des machines qui ressemblent à l'homme capable d'effectuer des tâches diverses et variées, de parler, de répondre, de converser. De battre aux échecs les meilleurs joueurs mondiaux. Tout cela grâce en bonne partie à l'intelligence qu'on appelle artificielle. On se met alors à rêver de robots capables de penser, d'éprouver des sentiments, des émotions et des souffrances. La littérature et le cinéma de science-fiction ont déjà imaginé un tel scenario et dans leurs traînes les technologues s'emploient à le réaliser.

Pour le moment ils s'en tiennent à machiniser l'homme et à humaniser la machine et lorsqu'ils seront fatigués d'échouer, ils commenceront à créer des êtres qui n'auront plus rien d'humains. Suivant les lois de l'évolution des espèces, nous rentrons alors dans l'ère post-humaniste où l'homme disparaît pour laisser la place aux robots.

Toutes ces considérations masquent une autre réalité bien plus cruelle et plus inquiétante, c'est que les robots et leur intelligence artificielle existent déjà. Depuis les temps modernes, des millions voire des milliards d'hommes et de femmes ont travaillé et travaillent encore comme des robots, assignés à des tâches ingrates et répétitives. « Métro-Boulot- Dodo » disait-on en Mai 1968. On ajoutera « télévision » pour donner à ces humains robotisés une intelligence tout aussi artificielle et stéréotypée.

Dans la dystopie Fahrenheit 451, des hommes et femmes entreprirent d'apprendre par cœur les livres disparus pour pouvoir les transmettre.. Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe Mercredi 13 Juin 2018

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