416 - L'UNEF, le voile, les lunettes, le caméléon, la couverture écossaise, la laïcité

L'image vidéo d'une responsable parisienne de l’UNEF portant un hijab a mis en émoi le landernau politique et médiatique. Maryam Pougetoux, présidente de l'UNEF, un syndicat étudiant, mobilisée contre la réforme de l’inscription à l’université dite Parcoursup ' suscite un vaste débat, pas tant pour ses positions politiques et syndicales mais pour sa tenue vestimentaire. Maryam Pougetoux porte un hijab de couleur, un tissu qui couvre totalement ses cheveux, son front et son cou, ne laissant apparaître que l’ovale de son visage, plutôt joli au demeurant selon les canons contemporains de la beauté.

D'un coté on a trouvé, pas dans la beauté de la dame, mais dans le port de ce vêtement une pratique « choquante », la manifestation d'une forme de « prosélytisme » et on y a vu le signe d'un « islam politique ». D'un autre côté, on a invoqué la « liberté d'expression » de Madame Pougetoux et son « droit le plus strict » à porter ce qu'elle veut. D'ailleurs, elle portait également des lunettes qui à mon sens est une pratique choquante et témoigne d'un prosélytisme en faveur du « myopisme » dont on sait qu'il est éminemment politique et idéologique. Le myope est celui qui « cligne des yeux » pour mieux voir ce qu'il veut voir. Au figuré, le myope est celui qui n’anticipe pas, qui n’est pas conscient de ce qui va arriver, qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, comme la taupe. Étroitesse d'esprit qu'on peut trouver dans bon nombre de domaines de pensée. Aussi porter des lunettes, c'est inviter à prendre conscience, à voir clair, à voir les choses avec lucidité et tout aussi clairement critiquer une politique.

De plus, madame Pougetoux - un nom visiblement à consonance arabe – non seulement portait des lunettes politiques mais de surcroît prononçait, en bon français, un discours critique que personne n'a entendu sur la réforme du ministre de l'Education nationale, focalisé qu'ils étaient sur le hijab, assez joliment arrangé d'ailleurs.

On a aussi invoqué, maladroitement d'ailleurs, la liberté d'expression. Maladroitement car justement la madame en question ne voulait rien exprimer en portant ce bout de tissu. Aussi recourir à sa « liberté d'expression » c'est sous-entendre au contraire qu'elle voulait exprimer son appartenance religieuse et par conséquent apporter de l'eau au moulin de ceux qui la soupçonne de propagande islamiste. Elle était juste contente le matin en s'habillant de mettre un joli vêtement et se rappeler à elle-même, pas pour les autres, sa foi en Dieu ou Allah. Et le monde aurait pu s'en trouver apaisé et amène.

Le problème des lunettes est que si elles permettent d'y voir clair, elles peuvent aussi orienter la vue et l'esprit. Ainsi en chaussant les lunettes teintées « voile = soumission = islamisme = terrorisme » et bien, tu finis par voir clairement quelque chose là où il n'y avait rien à voir. Tu es comme le caméléon, placé sur une couleur verte il devient uniformément vert, sur du bleu il devient bleu et ainsi de suite. L'une et pas l'autre. La laïcité, au contraire, est comme une couverture écossaise où chacun prend les couleurs qu'il veut. Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe mardi 5 Juin 2018 www.cyberphilo.org

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